Le parti est en morceaux, mais Donald Trump a réussi son pari. Mardi, après un vote émaillé d’incidents, les délégués républicains réunis à la Quicken Loans Arena de Cleveland ont officiellement désigné le milliardaire new-yorkais candidat officiel pour l’élection présidentielle du 8 novembre où il devrait affronter la démocrate Hillary Clinton. Comme un roi distant qui n’est pas proche de ses seigneurs, le New-Yorkais a observé la scène de sa Trump Tower à Manhattan, exprimant son émotion dans une vidéo diffusée dans la salle: «C’est quelque chose que je ne vais jamais oublier. Jamais.»

Les convictions de John, un pro-Trump

Son investiture a pris l’establishment républicain par surprise. A Cleveland, près de la gare de Tower City Center, le triomphe de Donald Trump étonne à peine. Sur la grande Public Square, qui illustre la «renaissance d’une partie de cette ville de 388 000 habitants sinistrée après la crise des subprimes de 2009, les partisans du milliardaire new-yorkais abondent. Barbe généreuse, John Aguillon, 30 ans, fier détenteur d’une arme à feu, est venu de Waco au Texas pour exprimer son soutien.

«Je ne suis pas un républicain. Je suis indépendant. Ce que j’aime chez Trump, c’est le fait qu’il n’est pas issu de l’establishment, d’un parti qui le déteste. J’ai personnellement dû me battre pour vivre, accepter plusieurs petits emplois. Trump veut se battre dans l’intérêt de gens comme moi. Il abrogera Nafta (l’accord de libre-échange conclu en 1993 entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada), refusera le TPP (Partenariat transpacifique, un accord entre douze pays de la zone Asie-Pacifique) et imposera des taxes douanières de 25% pour que les sociétés américaines créent à nouveau de l’emploi aux Etats-Unis. Et puis, ajoute-t-il, il abrogera Obamacare, la réforme de la santé de Barack Obama. Avant la réforme, je payais 350 dollars de primes d’assurance-maladie. Aujourd’hui, pour ma femme et mes deux enfants, je paie 716 dollars par mois. C’est intenable.»

Lire aussi notre éditorial: Trump, l’art de la division

John Aguillon est favorable à l’immigration légale. De père d’origine mexicaine, il ne comprend pas la nécessité de construire un mur entre les Etats-Unis et le Mexique comme le souhaite Donald Trump. Il voit néanmoins dans le candidat républicain un président qui défendra l’Amérique telle qu’elle est ou telle qu’elle devrait être: «J’habite à dix kilomètres d’une mosquée. Je suis pour la liberté de religion. Mais ce que je n’aime pas, c’est de voir des musulmans jeter un regard désapprobateur parce que mon épouse porte une jupe. Je tolère leur religion, mais je n’accepte pas qu’ils veuillent nous imposer leur mode de vie.»

A deux pas de la statue du général Moses Cleveland, qui fonda la ville en 1796, un homme brandit une pancarte explicite: «Tout vrai musulman est un djihadiste». La rhétorique du candidat républicain, qui veut interdire d’entrée tout musulman issu «d’Etats terroristes», a visiblement un écho.

Une tentative de discussion

La Public Square est un concentré d’Amérique, où toutes les divisions apparaissent au grand jour. Une jeune femme, qui refuse le déclinisme des «trumpistes» annonçant une descente aux enfers si les Etats-Unis n’élisent pas l’homme d’affaires new-yorkais, essaie d’engager une discussion. Quand elle mentionne le nom d’Hillary Clinton, ses interlocuteurs coupent court à l’échange verbal. Un mur d’incommunicabilité s’érige. Dans un coin de la place, une conversation s’est engagée entre un grand costaud qui assume son identité de suprémaciste blanc et une jeune Afro-Américaine appartenant au mouvement Black Lives Matter. La foule s’agglutine. Les multiples forces de police veillent au grain. Le ton monte, mais sans conséquence.

Un pays en colère

La scène est à l’image de l’élection à la Maison-Blanche: deux candidats, Donald Trump et Hillary Clinton dont la cote de popularité est la plus basse jamais enregistrée dans le cadre d’une présidentielle et qui s’invectivent mutuellement. L’Amérique est en colère. Pour les partisans du républicain, Hillary Clinton n’est que la continuation de la «politique désastreuse» de Barack Obama. Si elle accède à la Maison-Blanche, «le pays ne sera plus récupérable».

Le long d’Euclid Avenue, un vrombissement de moteurs interrompt soudain les airs entonnés au saxophone par des musiciens de rue. Ce sont les «Bikers for Trump», un groupe patriotique de motards en Harley-Davidson, blouson et bottes en cuir et bien souvent une arme à feu accrochée à la ceinture. Christopher Cox, 47 ans, est venu de Caroline du Sud. Il est convaincu que Donald Trump est le seul capable de «restaurer l’ordre en Amérique. Car il faut le dire, la saison de la chasse est ouverte pour descendre des policiers.» Le discours de Christopher Cox, qui se décrit comme un artiste à la tronçonneuse, réplique les propos incendiaires tenus lundi soir par l’ex-maire de New York Rudy Giuliani.

Larry, un partisan: l’argument de la dette

Dans l’East 4th Street, lieu de passage vers la salle omnisports où se déroule la convention, Larry Bates, 66 ans, de Lansing dans le Michigan, se promène avec sa casquette et un immense badge Trump 2016. Il en est convaincu: «Trump est le seul capable de résoudre le problème de la dette (19 000 milliards de dollars). C’est un problème urgent. Si le monde cesse de nous prêter, le système va s’effondrer.» A deux pas de là, un évangélique hurle dans un micro tous les châtiments qui attendent les pécheurs qui auraient pratiqué l’avortement ou l’adultère. Devant lui, deux lesbiennes s’embrassent pour affirmer leur droit reconnu en juin 2015 par la Cour suprême. Aux Etats-Unis, la liberté d’expression est un droit sacré garanti par le 1er Amendement. Mais l’écoute reste une denrée rare.


A propos de la convention de Cleveland