Canada

Donald Trump, seul contre tous

Après une valse-hésitation, les Européens et les Canadiens ont décidé de faire front commun dans la guerre commerciale qui oppose leurs pays à Donald Trump. Le prélude à un G7-1 qui s’annonce difficile

«Trump isolé», a titré en une vendredi le quotidien de Québec, Le Soleil. Et Le Journal de Montréal de renchérir: «Tous contre Trump.» La hache de guerre est déterrée. Un peu à l’image de la ville de Québec, qui se prépare au cas où surviendraient des manifestations: policiers casqués, barricades et même masques à gaz distribués dans certains hôtels. Pourtant, si les autorités communales craignaient les débordements de manifestants, seules quelques poignées d’entre eux avaient défilé pendant les journées précédant la rencontre. Lors des premières heures du sommet, la tension demeurait faible. Mais sur le front diplomatique, l’heure est plus grave et les paroles bien peu amènes depuis quelques jours au Canada.

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Définir un front commun entre Européens

«Nul d’entre nous n’est éternel», a martelé Emmanuel Macron jeudi à Ottawa, puis à Montréal, lors de plusieurs conférences de presse à propos de Donald Trump. Alors que le G7 a débuté vendredi à La Malbaie, dans la région québécoise du Charlevoix, le président français a voulu prendre le leadership de la résistance européenne contre les Etats-Unis. Il avait précisé jeudi soir à propos de la détermination de l’Europe: «Je n’ai pas de doute sur notre alignement complet. […] Il n’y a pas de différences entre nous.» Une dernière phrase pour mieux éluder toute question sur la possibilité que l’Allemagne ou l’Italie fassent cavalier seul et fracturent l’unité européenne.

Les dirigeants de l’Allemagne, de l’Italie, du Royaume-uni et de la France se sont réunis vendredi juste avant l’arrivée du président américain pour définir un front commun face à lui. Entouré de Theresa May, Angela Merkel et Giuseppe Conte, Emmanuel Macron s’est posé en leader de la réunion. «Il est essentiel que nous soyons unis et clairs», avait-il dit la veille.

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Si le contenu des conversations entre les quatre dirigeants n’a pas filtré, il semble que les Européens ne veulent pas partir résignés dans leurs batailles avec les Etats-Unis. Ils ont cherché et reçu le soutien du Canada, tout aussi avide de nouer des alliances. Après dix-huit mois de tentatives de compromis avec son homologue américain et d’échanges feutrés, Justin Trudeau a enterré la diplomatie du sourire et opté pour le rapport de force avec les Etats-Unis. La semaine dernière, Ottawa a imposé une série de représailles commerciales suite aux surtaxes sur l’acier et l’aluminium décrétées par Donald Trump. Le courant ne passe plus, si tant est qu’il ait jamais passé, avec Donald Trump.

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Pour réintégrer la Russie

Arrivé avec plus d’une heure de retard dans la bourgade de La Malbaie, sur les bords du fleuve Saint-Laurent, Donald Trump était très attendu. Son nom était sur toutes les lèvres dans les salons du Manoir Richelieu, qui accueille le G7, bien avant son arrivée. Malgré les risques de guerre commerciale et le danger d’impacts négatifs sur la croissance mondiale, Donald Trump semble déterminé à aller jusqu’au bout. Fidèle à son habitude provocatrice, à ses tweets rageurs et après avoir attaqué le Canada dans un tweet matinal, il a annoncé la couleur face à l’UE. «Dans l’attente de redresser les accords commerciaux injustes avec les pays du G-7. Si cela n’arrive pas, nous nous en porterons encore mieux!» a-t-il prévenu, non sans menacer de se retirer du G7 avant la fin du sommet.

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Le dirigeant de la plus grande puissance de la planète a appelé ses homologues à réintégrer la Russie dans le G7, une Russie exclue depuis son annexion de la Crimée en 2014. Et il a trouvé en Giuseppe Conte un allié dans cette affaire. Mais cette claque du président du Conseil italien à ses homologues de l’UE n’a pas suffi à entamer l’unité européenne sur d’autres dossiers.

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