Etats-Unis

Donald Trump souffle le chaud et le froid avec Moscou

Après l’affaire Flynn, qui relance les accusations de proximité avec le gouvernement russe, le président américain rappelle qu’il est en faveur de la restitution de la Crimée à l’Ukraine

«L’ironie est que le président a été incroyablement ferme face à la Russie». Cette petite phrase, Sean Spicer, le porte-parole de Donald Trump, l’a prononcée mardi, pour balayer les accusations de proximité avec Moscou après la démission du conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn. Sean Spicer renvoie aux récents propos de l’ambassadrice des Etats-Unis aux Nations Unies sur la Crimée. Et l’affirme haut et fort: «Le président Trump a clairement dit qu’il attendait du gouvernement russe une diminution de la violence en Ukraine et la restitution de la Crimée».

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Cette mise au point intervient après l’épisode Flynn. Michael Flynn a été poussé à la démission lundi soir, en raison de contacts téléphoniques qu’il a eus avec l’ambassadeur russe à Washington, pour lui dire que les représailles annoncées par Barack Obama ne seraient probablement pas appliquées par Donald Trump. Il avait dans un premier temps nié avoir parlé de ces sanctions.

Investigations approfondies exigées

Voilà qui relance le très sensible dossier russe. Selon la CIA, l’ingérence avérée de Moscou dans la présidentielle américaine, via notamment des piratages informatiques, avait bien pour but de faire élire le milliardaire new-yorkais à la tête des Etats-Unis. Avec l’affaire Flynn, la suspicion de contacts déplacés entre des proches de Donald Trump et le gouvernement russe, avec risques de chantages, est relancée de plus bel. Michael Flynn a-t-il agi seul? Ou est-il le bouc émissaire qui a sauté alors qu’il aurait été encouragé par des proches du futur président, voire par Donald Trump lui-même, de «rassurer» Moscou? Au Congrès, des voix demandent des investigations approfondies. Au moins quatre commissions parlementaires enquêtent déjà sur les interférences russes, ainsi que sur les liens entre l’entourage de Donald Trump et Moscou.

Alors que le porte-parole de Donald Trump cherche à étouffer la nouvelle polémique et insiste sur la fermeté du président des Etats-Unis face aux Russes, le New York Times apporte une autre lecture. Le journal affirme que son équipe de campagne avait eu, avant son élection, des contacts répétés avec de hauts responsables des services de renseignement russes. Des enregistrements téléphoniques le prouveraient. Cité dans le quotidien, Paul Manafort, l’ancien directeur de campagne de Donald Trump – qui a aussi été consultant politique en Russie et en Ukraine –, balaye ces accusations. Il assure n’avoir «jamais parlé en connaissance de cause à des agents du renseignement russe».

Barack Obama accusé

C’est donc dans ce contexte tendu que les déclarations de Donald Trump sur la Crimée doivent être remises en exergue. Mercredi, visiblement agacé par la tournure que prend l’affaire, le président américain s’est fendu d’une série de tweets. Il a d’abord assuré que cette «affaire de connection russe, insensée» a pour but de «couvrir les nombreuses erreurs faites lors de la campagne de perdante d’Hillary Clinton». Ensuite, le président, énervé par les fuites dans la presse, a dénoncé des informations transmises «illégalement» aux «mauvais New York Times et Washington Post» par «la communauté du renseignement», en pointant du doigt la NSA et le FBI. «Les médias répandant de fausses informations deviennent fous avec leurs théories du complot et leur haine aveugle», a-t-il encore tweeté. Enfin, Donald Trump attaque son prédécesseur, Barack Obama: «La Crimée a été annexée par la Russie sous l’administration Obama. Est-ce qu’Obama a été trop mou avec la Russie?»

Les propos, fermes, de l’ambassadrice des Etats-Unis aux Nations Unies, Nikki Haley, sur la Crimée remontent en fait au 3 février déjà. Elle avait alors explicitement affirmé que les sanctions contre la Russie seraient maintenues tant que la Crimée n’est pas restituée à l’Ukraine. Donald Trump avait été moins clair pendant sa campagne et la période de transition, où il n’a pas hésité à tresser des lauriers au président russe Vladimir Poutine, provoquant ainsi des inquiétudes dans les rangs républicains. Et pas plus tard que le 27 janvier, à l’occasion de la visite de la première ministre britannique Theresa May, il s’était montré évasif et avait déclaré: «Pour ce qui est des sanctions, nous verrons ce qui va se passer. Il est très tôt pour parler de cela».

Importantes rencontres prévues

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Entre rumeurs, révélations, tweets agressifs et règlements de compte, c’est dans une certaine cacophonie, et sentiment d’improvisation, que la Maison Blanche prône un rapprochement avec Moscou, tout en durcissant désormais le ton. A quel jeu joue vraiment Donald Trump? D’importantes rencontres auront lieu entre les deux administrations ces jours. Ce jeudi, le nouveau secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson s’entretiendra avec son homologue russe Sergueï Lavrov à l’occasion du G20 à Bonn. Pendant ce temps, les chefs d’état-major des deux pays se verront à Bakou. Le test de vérité?


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