En reconnaissant le chef de l’opposition Juan Guaido comme président par intérim, Donald Trump a fait sortir de ses gonds le président chaviste Nicolas Maduro, qui a immédiatement dénoncé une «conspiration américaine» et annoncé la rupture des relations diplomatiques avec les Etats-Unis. Les diplomates américains ont 72 heures pour partir, a-t-il asséné mercredi soir depuis le balcon de son palais présidentiel: «Dehors! Qu’ils s’en aillent du Venezuela, ici il y a de la dignité, voyons!» Mais Donald Trump a d'abord refusé d’obtempérer: les Etats-Unis ne reconnaissant plus l’autorité de Nicolas Maduro, ses injonctions sont considérées comme nulles.

Et pourtant, quelques heures plus tard, les Etats-Unis ont ordonné le départ du personnel non essentiel de leurs missions diplomatiques au Venezuela. Dans une «alerte de sécurité» publiée sur un site du département d'Etat américain, le gouvernement américain demande également aux ressortissants américains résidant ou voyageant au Venezuela d'«envisager sérieusement» de quitter ce pays.

«Le gouvernement des Etats-Unis n'est pas en mesure de fournir des services d'urgence aux ressortissants américains au Venezuela que de manière limitée», prévient la diplomatie américaine. Le département d'Etat ne précise pas combien de diplomates vont rester au Venezuela.

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Intervention militaire pas exclue

Le 10 janvier déjà, l’investiture de Nicolas Maduro, déterminé à réaliser un deuxième mandat, a été contestée par l’opposition, par les Etats-Unis, l’Union européenne et la majeure partie des pays d’Amérique latine. Depuis mercredi, le leader vacille un peu plus. Dans un communiqué, Donald Trump, le premier à réagir après l’autoproclamation de Juan Guaido, dit clairement «reconnaître officiellement le président de l’Assemblée nationale vénézuélienne comme président par intérim du Venezuela». L’Assemblée nationale est «la seule branche légitime du gouvernement», précise-t-il. «Je continuerai à utiliser toute la puissance économique et diplomatique des Etats-Unis pour faire pression en faveur du rétablissement de la démocratie vénézuélienne», relève encore Donald Trump. Il rappelle que «toutes les options sont sur la table». Une intervention militaire n’est pas exclue.

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Si les Etats-Unis ont été suivis par leurs alliés latino-américains, dont le Brésil et la Colombie, l’UE se retient et réclame des «élections libres et crédibles» pour sortir de la crise. Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, invite au «dialogue». Quant à la Russie, rejointe par la Chine, la Turquie et la Syrie, elle ne lâche pas Nicolas Maduro, évoquant une «ingérence étrangère destructrice», une «voie directe vers l’arbitraire et le bain de sang». «Nous voyons dans les actions sans gêne de Washington une nouvelle démonstration de l’ignorance totale des normes et principes du droit international», dénonce le Ministère russe des affaires étrangères. En proie au chaos, le Venezuela apparaît toujours plus comme un pion dans la guerre d’influence que se livrent les Etats-Unis et la Russie.

Selon un officiel de l’administration américaine, les Etats-Unis ont beaucoup œuvré pour que de nombreux pays se rallient à leur position. En plus du Brésil et de la Colombie, neuf autres pays membres du «groupe de Lima» en faveur d’une issue pacifique pour le Venezuela reconnaissent ainsi la légitimité de Juan Guaido: le Canada, l’Argentine, le Chili, le Guatemala, le Costa Rica, le Honduras, le Paraguay, le Panama et le Pérou. Mais pas le Mexique.

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Des avoirs gelés aux Etats-Unis

Depuis l’arrivée d’Hugo Chavez au pouvoir en 1999, les relations entre Caracas et Washington ont toujours été très tendues. En dénonçant le «régime illégitime» de Nicolas Maduro, Donald Trump cherche à consolider sa zone d’influence dans la région alors que le shutdown provoque le chaos dans son propre pays. Depuis le 22 décembre, 800 000 fonctionnaires ne sont plus payés en raison de l’impasse des tractations à propos du «mur» qu’il veut construire entre les Etats-Unis et le Mexique. Les démocrates refusent les 5,7 milliards de dollars exigés et le président, dans une tentative de compromis avortée, a été jusqu’à fâcher ses plus fervents partisans en proposant d’assouplir sa position face aux clandestins. Pour Donald Trump, soutenir Juan Guaido est aussi une manière d’espérer stopper l’hémorragie migratoire du Venezuela, avec près de quatre millions d’habitants qui ont fui le pays depuis le début de la crise en 2014.

Le sénateur républicain Marco Rubio (Floride) relevait le 15 janvier déjà devant le Congrès que, avec Juan Guaido comme président, les législateurs de l’opposition pourraient récupérer les «millions de dollars d’avoirs gouvernementaux vénézuéliens gelés aux Etats-Unis». Un argument qui pourrait faire mouche.