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Pierre Krähenbühl, directeur de l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient.
© Mohammed Talatene/Anadolu Agency/Getty Images

Proche-Orient

Donald Trump tweete et l'Unrwa frémit

Les Américains vont-ils cesser leur contribution à l'agence en charge des réfugiés palestiniens? Les craintes de son directeur, le Suisse Pierre Krähenbühl

Les Américains vont-ils «lâcher» l’Unrwa? L’histoire de l’agence de l’ONU chargée des réfugiés palestiniens n’a pas été un long fleuve tranquille, tant s’en faut, mais rarement la menace aura été aussi forte. «Aucune décision ne nous a été communiquée», nuance son directeur actuel, le Suisse Pierre Krähenbühl, en reconnaissant toutefois que «le moment est délicat».

L’Unrwa? Sans la mentionner directement, le président Donald Trump semblait vouloir l’assassiner dans un de ses tweets récents, en dénonçant en début d’année, en lettres majuscules, les «centaines de millions de dollars» que les Etats-Unis paient aux Palestiniens sans recevoir en retour «ni respect ni remerciements».

A une écrasante majorité, l’Assemblée générale de l’ONU avait condamné sèchement, quelques jours auparavant, la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme la capitale de l’Etat d’Israël. Et l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, qui visiblement n’avait pas goûté non plus à cette rébellion générale contre le leadership américain, se faisait plus précise: le financement de l’Unrwa par les Etats-Unis sera bel et bien interrompu, expliquait-elle, tant que les Palestiniens «ne retourneront pas à la table des négociations».

Deux questions ultrasensibles

L’administration de Donald Trump est peut-être prise à son propre piège. Elle tenterait ainsi de réparer les conséquences d’avoir fait cavalier seul à propos de Jérusalem, au risque d’y ajouter aujourd’hui un faux pas supplémentaire. Mais ce n’est pas l’interprétation qui en est faite à Ramallah, au sein de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas. «Après Jérusalem, les réfugiés… C’est une énorme mascarade. Que nous resterait-il donc à débattre à «la table des négociations»?» s’interroge en privé un officiel palestinien qui n’est pas autorisé à parler au nom de l’Autorité palestinienne. 

Aussi bien le sort de Jérusalem que celui des réfugiés palestiniens (chassés par centaines de milliers de l’Israël actuel lors des guerres de 1948 et de 1967) sont considérés comme deux questions qui relèvent du «statut final» d’un éventuel plan de paix israélo-palestinien (aux côtés des colonies israéliennes, du tracé des frontières et des questions de sécurité). Au cours des tentatives précédentes, ces questions-là ont été laissées pour la fin, tant elles sont compliquées et sensibles. Or voilà qu’aujourd’hui, elles sont «réglées», à la hache, par l’administration américaine.

Benyamin Netanyahou n’a pas tardé à sauter à pieds joints dans le débat. L’Unrwa doit être «démantelée», a martelé tout de go dimanche le premier ministre israélien. A l’en croire, l’agence de l’ONU ne servirait qu’à «perpétuer» artificiellement la question des réfugiés et à entretenir la menace de la «destruction d’Israël». Netanyahou exige ainsi la fin du statut particulier des réfugiés palestiniens et réclame leur prise en charge progressive par le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR). Voilà longtemps que le premier ministre souligne, à chaque phrase, la nécessité de considérer Israël comme un «Etat juif». Le sous-titre? Ecarter toute possibilité pour les réfugiés palestiniens (devenus entre-temps 5 millions avec leurs enfants et petits-enfants) d’appliquer leur «droit au retour» dans les frontières de l’Israël actuel.

Des retours aujourd’hui impossibles

De son côté, Pierre Krähenbühl tente de faire la part des choses. La question du statut de Jérusalem est «off limits» pour cette agence de l’ONU qui ne s’occupe pas de politique. En revanche, les 300 millions de dollars versés annuellement par les Etats-Unis, de loin le plus important contributeur, sont indispensables à son fonctionnement. «Avec la régularité de ses services, avec ses 700 écoles et ses centres de soins, l’Unrwa a permis à ces gens de rester dans la région», souligne-t-il.

Dans un Proche-Orient désormais à feu et à sang, que se passerait-il si l’Unrwa venait à être démantelée, suivant les vœux de Benyamin Netanyahou? «S’ils ne perçoivent aucun horizon, ces 5 millions de personnes finiront par bouger et se déplacer vers le nord, c’est-à-dire vers l’Europe. Est-ce cela que nous voulons? Fondamentalement, ce n’est dans l’intérêt de personne qu’une telle chose arrive», souligne-t-il.

L’Unrwa ne fait-elle que «perpétuer» la question, en empêchant les réfugiés de se débarrasser de leurs rêves nostalgiques et de se construire une nouvelle vie hors de la Palestine? «Prenez les réfugiés afghans, répond Pierre Krähenbühl, en puisant dans son expérience de directeur des opérations au sein du Comité international de la Croix-Rouge. Pour certains, voilà quarante ans qu’ils ont trouvé refuge au Pakistan. Mais si, demain, ils voulaient rentrer en Afghanistan, personne ne les empêcherait. Or il n’existe pas de Palestine indépendante et tout retour est impossible faute d’une solution politique.» Ici, résume-t-il, «c’est aux politiciens d’assumer leurs responsabilités».

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