États-Unis

Donald Trump, un an déjà: le bilan en chiffres

Elu le 8 novembre 2016, le président des Etats-Unis a beaucoup twitté, signé de nombreux décrets et s’est répandu en déclarations imprécises et hasardeuses. Avec un succès mitigé 

C’était il y a un an, le 8 novembre. Donald Trump, fébrile, alors qu’il n’y croyait en fait pas vraiment, assistait, au fur et à mesure que New York plongeait dans la nuit, à son ascension vers la présidence des Etats-Unis. Douze mois plus tard, que faut-il retenir d’un président imprévisible, twitteur effréné, qui s’obstine à détricoter l’héritage Obama et semble appréhender les relations internationales comme un gigantesque jeu de bowling? Nous avons choisi de le rappeler en chiffres.

1318 contre-vérités

Mensonges délibérés, contre-vérités, déclarations hasardeuses ou dangereuses imprécisions: Donald Trump entretient un rapport bien particulier avec la vérité. Le 23 juin déjà, le New York Times publiait sur pleine page l’ensemble des fausses assertions qu’il avait prononcées à cette date, sous le titre Trump’s Lies («Les mensonges de Trump»). Récemment, c’est le sénateur républicain Bob Corker qui a dénoncé les contre-vérités répétées du président. Sur CNN, le président de la Commission des affaires étrangères du Sénat a osé dire que Donald Trump avait «de grandes difficultés avec la vérité, sur de nombreux sujets».

«Je pense que, quand son mandat sera terminé, les contre-vérités permanentes, les insultes […], c’est ce qui restera et c’est regrettable», a-t-il ajouté. Le Washington Post ose se lancer dans un chiffre, dans un article daté du 10 octobre: en 263 jours, depuis sa prestation de serment, Donald Trump aurait prononcé 1318 déclarations fausses ou trompeuses, à coups de superlatifs grandiloquents. Comme d’autres médias, le journal a mis en place une équipe de «fact checkers» depuis l’élection de Donald Trump. Le site Politifact, qui suit ses déclarations depuis 2011, estime que seules 16% des phrases fortes sélectionnées sont «vraies» ou «partiellement vraies».

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2467 tweets

Sur les 32 410 messages rédigés à partir de son compte Twitter ouvert en mars 2009, 2077 l’ont été depuis sa prestation de serment le 20 janvier 2017, 2467 depuis son élection. Dans ses habits de président élu, Donald Trump a mentionné 127 fois les «fake news», 54 fois son ex-rivale Hillary Clinton, 50 fois la Corée du Nord, 4 fois le leader nord-coréen, Kim Jong-un, sans oublier les trois fois où il l’affuble du surnom de «Rocket Man», en pleines tensions nucléaires.

Donald Trump réagit souvent de façon épidermique par tweet. Il dispose de deux profils: @realDonaldTrump (42 millions d’abonnés) et le profil officiel, plus contrôlé, @POTUS, qui a la moitié moins d’abonnés. Twitter reste son arme de communication favorite, son lien direct avec ses électeurs. C’est le canal utilisé pour contourner les médias, celui que les journalistes ne peuvent pas ignorer. Il twitte comme il s’exprime: sans filtre. Récemment, panique sur Twitter, @realDonaldTrump a été désactivé pendant 11 minutes. Le temps que Twitter prenne connaissance de l’action d’un employé lors de son dernier jour de travail.

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Une seule conférence de presse

Donald Trump n’a organisé qu’une seule vraie conférence de presse depuis son élection. C’était le 16 février, à la Maison-Blanche. Bien sûr, il y en a tenu d’autres, conjointement avec des chefs d’Etat, à Washington ou lors de ses visites à l’étranger. Mais elles ne peuvent pas vraiment être considérées comme telles: il ne répond généralement dans ce contexte qu’à deux questions sélectionnées. Le mois dernier, il est apparu devant les médias avec Mitch McConnell, le leader de la majorité républicaine au Sénat.

En août, il s’était présenté devant la presse à la Trump Tower, dans le cadre de ce qui était censé être une déclaration commune sur le dossier des infrastructures, avec des membres clés de son administration. Il avait alors notamment répondu à des questions sur la polémique de Charlottesville qu’il venait de déclencher.

A titre de comparaison, lors de sa première année de mandat, Barack Obama avait donné onze conférences de presse, George W. Bush cinq et Bill Clinton douze, si l’on en croit les calculs de The American Presidency Project. Donald Trump, dont l’aversion pour les journalistes n’est plus à démontrer, est en revanche très disponible pour Fox News, la chaîne qui le glorifie.

Un taux de popularité qui oscille entre 33 et 38%

Sur les dix principaux sondages d’opinion réalisés le mois dernier, aucun ne place la cote de popularité de Donald Trump au-delà de 38%. Le seuil le plus bas est 33%. Après six mois de présidence, il avait déjà atteint le score de popularité le plus bas de ces 70 dernières années. 48% des sondés disaient le «désapprouver fortement», un taux jamais atteint par ses prédécesseurs démocrates Bill Clinton (1993-2001) et Barack Obama (2009-2017).

Seul le républicain George W. Bush (2001-2009) a flirté avec une telle impopularité, lors de son second mandat. Selon une étude du Washington Post et d’ABC News, 59% des sondés désapprouvent aujourd’hui l’action du président américain, 65% estiment qu’il a fait «peu ou rien». Pour 53% des Américains, le leadership des Etats-Unis dans le monde a faibli depuis son élection.

Des centaines de milliers d’emplois. Oui, mais…

«Le plus grand créateur d’emplois que Dieu ait jamais créé.» Voilà comment se rêve Donald Trump. A l’occasion de ses 100 premiers jours, la Maison-Blanche avait mis en exergue la création de 500 000 emplois supplémentaires depuis janvier. Si une embellie économique est bel et bien en marche – en octobre, le taux de chômage est tombé à 4,1%, le taux le plus bas de ces 17 dernières années –, il serait faux de l’attribuer au seul mérite du président. Il y a bien eu un «Trump bump», un «effet Trump», mais, de fait, la croissance de l’emploi était déjà bien en marche pendant le deuxième mandat de l’administration Obama.

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En six mois de présidence, Donald Trump a créé un million d’emplois, chiffre qui était exactement le même lors des six derniers mois de Barack Obama, alors qu’une fin de mandat est habituellement peu propice aux embauches et aux investissements. De quoi relativiser les fanfaronnades de Donald Trump. Sa réforme fiscale, sa politique migratoire restrictive ainsi que la volonté de financer la construction d’un mur avec le Mexique pourraient par ailleurs fragiliser cette embellie économique. Les créations d’emplois ont déjà ralenti ces derniers mois.

Trois proches inculpés dans l’affaire russe

L’enquête sur l'«affaire russe» et l’ingérence de Moscou dans l’élection présidentielle américaine, menée par le procureur indépendant Robert Mueller, a connu un coup d’accélérateur le 30 octobre. Trois ex-membres de l’équipe de campagne de Donald Trump ont été formellement inculpés. Son ancien directeur de campagne Paul Manafort et son associé Richard Gates font l’objet de 12 chefs d’inculpation.

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Ils sont notamment accusés de complot contre les Etats-Unis, de blanchiment et de fausses déclarations. Le troisième inculpé est George Papadopoulos. Il était le responsable des questions de politique étrangère dans l’équipe. Donald Trump continue de réfuter toute collusion avec la Russie. C’est le dossier qui empoisonne le début de son mandat et le seul qui serait susceptible de déclencher une procédure de destitution ou de provoquer sa démission.

Zéro loi majeure passée au Congrès

Aucune loi portant la patte de Donald Trump n’a encore été votée au Congrès. Donald Trump a multiplié les signatures de décrets, mais aucune loi majeure ne s’est encore concrétisée. Sa promesse de campagne phare, l’abrogation de l’Obamacare, a du plomb dans l’aile, le Congrès ne parvenant pas à s’entendre sur un nouveau projet, viable, de réforme de la santé. Le décret «anti-musulmans» a lui connu bien des déboires, en étant bloqué par la justice.

73 journées de golf

Septante-trois: c’est le nombre de jours que Donald Trump a passés sur des terrains de golf, en 41 semaines, soit depuis qu’il a pris ses fonctions de président. Selon le site Trump Golf Count, qui tient un décompte précis, cela représenterait l’équivalent d’au moins 77 405 876 dollars pour le contribuable. A la même période, Barack Obama en était à 23 visites sur un green. Il aurait pratiqué 306 fois le golf en huit ans de présidence. Donald Trump est bien parti pour accélérer la cadence.

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