éditorial

Avec Donald Trump, une vague populiste toujours plus dévastatrice

Après deux mandats imparfaits mais dignes de Barack Obama, la rage et la colère arrivent à la Maison-Blanche

C’est un paradoxe comme seuls les Etats-Unis peuvent en produire. La première puissance du monde est en passe d’élire Donald Trump, un homme d’affaires sexiste, xénophobe et dont le comportement tout au long de sa vie montre à quel point il peut être imprévisible et borderline. Celui qui s’apprête à devenir le 45e président des Etats-Unis succédera vraisemblablement à Barack Obama, premier métis à accéder au poste suprême et dont on espérait qu’il réconcilierait le pays avec ses minorités. Ce dernier n’a pas failli – son bilan sera sûrement jugé par l’histoire beaucoup plus positivement qu’aujourd’hui, surtout avec ce qui est devant nous – mais son double mandat dont on retiendra la dignité et l’intégrité n’a pas permis de calmer la rage profonde qui parcourt cette grande démocratie.

Les inégalités, créées par un système qui engendre de la croissance sans être capable de la répartir équitablement, ont laissé trop de monde sur le bord de la route. Les exclus, les petits blancs et les minorités, qui ont envie de s’intégrer plus profondément quitte à accepter le côté sombre de l’âme américaine, ont donné leur voix au démagogue, au menteur, au tricheur qu’est Donald Trump. C’est la fin de l’ère du politiquement correct et de ce qu’il avait de sophistiqué dans le traitement des minorités et des plus faibles. Le nouveau président peut se moquer des handicapés, traiter les Mexicains de violeurs et avouer ne pas pouvoir contenir ses pulsions avec les femmes, tout cela ne l’a pas empêché d’être élu. Un signe que la haine contre les élites, médias compris, est bel et bien majoritaire.

Hillary Clinton a perdu et, avec elle, un pan de l’histoire politique américaine. La démocrate, dont le parcours l’a menée des combats pour les droits civiques sur les campus dans les années 1960 aux salons ultraselect du pouvoir à Washington et à Wall Street, s’arrête devant la porte de la Maison-Blanche. Hillary et sa sale manie du secret ne seront jamais plus pour les livres d’histoire que la première dame de Bill, son mari. Le temps ne lui aura pas donné raison malgré l’acharnement de l’ancienne avocate à vouloir obtenir le pouvoir.

La démocratie américaine subit un choc terrible et l’élection du 8 novembre 2016 inaugure un véritable champ de ruines politique. Cette campagne qui a «dégoûté 82% des Américains» selon un récent sondage, a mis à terre les deux grands partis. Les républicains se sont montrés incapables de déjouer l’ascension d’un Donald Trump pourtant indésirable dans sa propre famille depuis le début. Quant aux démocrates, ils ont assisté à l’émergence d’un Bernie Sanders très à gauche dont ils seront obligés de tenir compte. Pour les «rouges» comme pour les «bleus», la reconstruction s’annonce difficile alors que la démocratie a besoin de ces formations pour structurer une pensée, sélectionner des personnalités et organiser une action.

Les Américains sont divisés entre la joie et la nausée. Le monde voit, lui, émerger après le Brexit, une vague populiste toujours plus dévastatrice.

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