États-Unis

Donald Trump va construire son mur, le président mexicain s’en offusque

Le président américain adopte des mesures décriées pour freiner l’immigration illégale, à quelques jours de la visite du président mexicain. Sur le papier, il tient ses promesses de campagne et avance au pas de charge. La concrétisation des projets risque d’être plus complexe

Après un début de semaine au pas de charge, Donald Trump tient le rythme et s’attaque à l’immigration illégale. Sa priorité: construire un mur avec le Mexique. «Nous allons construire le mur!» n’a-t-il cessé de promettre ces derniers mois. C’était un de ses grands thèmes de campagne. Il le veut «impénétrable, costaud, grand, puissant et beau». Mercredi, le président a signé des décrets en ce sens. Ces nouvelles confirmations de promesses de campagne interviennent alors qu’une rencontre avec le président mexicain Enrique Peña Nieto est agendée à mardi prochain.

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Donald Trump avait déjà annoncé ce «grand jour» la veille sur Twitter: «Grand jour prévu demain sur la sécurité nationale. Parmi beaucoup d’autres choses, nous allons construire le mur!»

Vicente Fox excédé

Comment? S’il compte ériger un mur à la frontière entre les deux pays, sur 3200 kilomètres, il reste flou sur la manière de procéder. Son but: mettre fin à une frontière «poreuse», qui pousse chaque année près de 400 000 aspirants migrants à tenter le passage. Mais les coûts risquent d’être exorbitants. Donald Trump veut faire payer le Mexique, qui refuse. Au cœur d’une polémique, contesté avec virulence par les démocrates et les défenseurs des droits humains, le mur a provoqué de vifs échanges entre les présidents américain et mexicain. Même l’ancien président mexicain Vicente Fox, en fonction entre 2000 et 2006, s’en est mêlé. Sans mâcher ses mots. Visiblement excédé, il a tweeté le 6 janvier: «Trump, quand allez-vous comprendre que je ne vais pas payer ce p… de mur? Soyez clair avec les contribuables américains. C’est eux qui paieront.»

Sur les 3200 kilomètres de frontière, dont 1900 touchent le Texas, près de 1000 kilomètres de barricades ont déjà été érigés. L’idée du mur remonte à 2002 déjà. C’est en 2006 que George W. Bush signe le Secure Fence Act, qui promet 1120 kilomètres de double clôture métallique. Le président américain, en quittant la Maison-Banche, n’en avait construit que 57 kilomètres: il a dû faire face à d’importantes oppositions, notamment parce que la plupart des terrains étaient privés.

«Pas construit de sitôt»

Pour financer sa construction, Donald Trump a déjà menacé de ponctionner les près de 25 milliards de dollars que les migrants mexicains envoient chaque année à leurs familles. Il compte instaurer des taxes et pousser les Mexicains à rembourser. Mais le scepticisme demeure. Lors de son audition devant le Sénat, l’ancien général John Kelly, désormais ministre de la Sécurité intérieure, a lui-même osé dire que le mur pourrait «ne pas être construit de sitôt».

Le président des Etats-Unis, qui pour l’instant est en train de réaliser la plupart de ses promesses de campagne en détricotant méthodiquement l’héritage Obama, pourrait être freiné dans son élan. Il vient par ailleurs de demander une enquête sur la «fraude électorale massive» qui aurait entaché la présidentielle, en soulignant que même des clandestins auraient voté illégalement. Ce qui a fait dire au sénateur républicain Lindsey Graham, sur CNN, agacé par ces déclarations: «Je suggère au président de mettre un terme à cette histoire. […] Vous êtes le leader du monde libre. Les gens vont commencer à s’interroger sur votre personnalité si vous formulez des accusations contre le système électoral sans preuves.»

Pour les Mexicains, de rudes négociations débutent. Le ministre mexicain de l’Economie Ildefonso Guajardo rencontre ces jours des responsables américains pour préparer la visite présidentielle. Il a menacé de quitter la table des négociations et de rompre l’accord de libre-échange Alena (USA, Canada et Mexique) que Donald Trump souhaite renégocier, si le président va de l’avant avec le mur. La question des «Dreamers» sera aussi sur la table. Ce sont ceux qui profitent du fameux programme DACA, mis en place par Barack Obama en 2012: près de 750 000 clandestins mineurs entrés illégalement ont pu bénéficier de la protection des Etats-Unis et obtenir des permis de séjour, puis de travail. Un programme que Donald Trump a toujours critiqué.

Faciliter les expulsions de clandestins

Lundi, le président mexicain, Enrique Peña Nieto, qui s’était déjà entretenu avec Donald Trump par téléphone la semaine dernière, a lancé de nouveaux avertissements, en assurant qu’il ne souhaitait «ni confrontation, ni soumission». «Le Mexique ne croit pas aux murs, mais aux ponts. Nous allons travailler pour une frontière qui nous unit, et non qui nous divise», a-t-il lancé lors d’une conférence de presse. Conscient que le Mexique pourrait faire les frais des mesures protectionnistes envisagés par Donald Trump, il se trouve dans une situation difficile, l’économie de son pays étant au plus mal.

Le message du président mexicain en vidéo:

Donald Trump, qui s’est adressé mercredi aux employés du Ministère de la sécurité intérieure, s’attaque aussi aux villes «sanctuaires», dont fait partie New York, qui refusent d’emprisonner et d’expulser les clandestins. Le maire démocrate de New York, Bill de Blasio, s’est toujours fait un point d’honneur de ne jamais revenir en arrière sur cette question.

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Donald Trump pourrait également interdire l’entrée de réfugiés aux Etats-Unis pendant plusieurs mois, sauf ceux fuyant les persécutions religieuses. L’idée de freiner temporairement l’entrée aux musulmans, «pour lutter contre la menace djihadiste», reste dans l’air. Apparemment peu soucieux des amalgames et discriminations qu’il provoque, le président américain les a notamment dans le viseur depuis la fusillade d’Orlando en juin dernier, dans une boîte gay, qui a fait 49 morts. Le tueur était un musulman américain de parents afghans. Mais face aux réactions outrées provoquées par ses déclarations à l’emporte-pièce, Donald Trump est revenu en arrière, en décidant de cibler les migrants de certains pays jugés «potentiellement problématiques» plutôt qu’une religion. Selon le «Washington Post», l’administration Trump chercherait à limiter l’accès aux Etats-Unis pour les ressortissants de Syrie, d’Irak, d’Iran, de Libye, de Somalie, du Soudan et du Yémen. Des ressortissants qui peinent aujourd’hui déjà à obtenir un visa américain en raison de leur nationalité.


Les deux décrets de Trump contre l’immigration clandestine, point par point

Donald Trump ordonne «la construction immédiate d’un mur physique à la frontière sud, surveillé par un personnel adéquat de façon à empêcher l’immigration illégale, les trafics de drogues et d’êtres humains, et des actes terroristes». Le décret définit le terme de «mur» comme «un mur continu et physique, ou toute autre barrière similairement continue, infranchissable et physique». Le secrétaire à la Sécurité intérieure, le général à la retraite John Kelly, est sommé de commencer «immédiatement» la planification et la construction du mur.

La construction du mur étant déjà autorisée par le Congrès depuis 2006, Donald Trump ordonne la réallocation de crédits fédéraux pour financer le chantier, mais il ne mentionne pas la façon dont il entend recouper ces coûts auprès du Mexique. Le président propose la création de 5000 postes supplémentaires de policiers assignés à la protection des frontières (Border Patrol), en renfort des quelque 21 000 actuels.

Il souhaite accélérer les expulsions de clandestins en expédiant leurs possibilités de recours, en construisant de nouveaux centres de rétention et en y assignant plus de juges de l’immigration afin qu’ils statuent sur place et rapidement. Donald Trump propose la création de 10 000 agents d’immigration supplémentaires. Il décrète aussi que, sur la population d’environ 11 millions de sans-papiers aujourd’hui présents aux Etats-Unis, ses services devront expulser en priorité ceux ayant été condamnés au pénal ou sont poursuivis pour des délits ou crimes; ceux ayant fraudé pour recevoir des allocations; ceux dont l’expulsion a déjà été ordonnée; ou tout autre représentant un risque pour la sécurité publique.

Le gouvernement fédéral encourage par cette directive les policiers locaux, au niveau des Etats et des villes, à «occuper les fonctions d’un officier d’immigration». Actuellement, de nombreuses juridictions refusent ou n’ont pas le droit, selon des lois locales, de demander leurs papiers aux personnes qu’elles interpellent. De grandes villes comme Los Angeles refusent de communiquer aux autorités fédérales le statut migratoire de leurs détenus, dans un objectif de sécurité publique, afin de ne pas décourager les habitants sans-papiers à appeler la police en cas de problème.

Ces «villes-sanctuaires», décriées par la droite et particulièrement par Donald Trump pendant la campagne électorale, se verront couper une partie des crédits fédéraux, selon ce décret. Les visas pour les ressortissants de pays jugés «récalcitrants» pour l’accueil de leurs citoyens expulsés des Etats-Unis pourraient être restreints. (AFP)

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