Pour Donald Trump, le moment était parfait. Voir le président des Etats-Unis prononcer son très attendu discours sur l'état de l'Union au Capitole là même où se déroule son procès en destitution, avait de quoi se révéler surréaliste et embarrassant. Mais les démocrates,  empêtrés dans un fiasco électoral en Iowa, lui ont donné une occasion de bomber le torse. Donald Trump sait par ailleurs qu'il sera officiellement acquitté ce mercredi au Sénat, grâce au soutien inconditionnel des républicains. C'est donc sur un ton plus triomphant que jamais qu'il a longuement insisté, mardi soir, sur ses «très bons résultats économiques», une «économie américaine rugissante», la «création de sept millions d'emplois» et un «taux de chômage le plus bas jamais affiché depuis un demi siècle». Pour de nombreux Américains, ces critères-là seront déterminants pour le réélire.

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Avis favorables en hausse

Donald Trump est apparu confiant devant le Congrès réuni, avec son vice-président Mike Pence et la démocrate Nancy Pelosi derrière lui pendant le discours. La speaker de la Chambre des représentants, qui ne lui avait pas parlé depuis quatre mois, lui a tendu la main dès son arrivée, mais il a refusé de la prendre. Elle lui a rendu la pareille à la fin de son allocution, en déchirant une copie de son discours de façon très visible. Voilà qui en dit long sur l'extrême polarisation du Congrès et le climat de divisions qui y règne. C'est elle qui, en septembre, avait annoncé le lancement de la procédure d'impeachment. Des élus ont d'ailleurs boycotté le discours présidentiel. La jeune démocrate Alexandria Ocasio-Cortez en fait partie. Sur Twitter, elle a dénoncé un président qui se sent au-dessus des lois et a affirmé ne pas vouloir «légitimer» ce comportement. 

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Pas de quoi déstabiliser le président. Selon le tout dernier sondage de l'institut Gallup, il enregistre son taux de popularité le plus élevé depuis son entrée en fonction en janvier 2017, avec 49% d'avis favorables. Mardi soir, il a voulu apparaître comme l'homme des bonnes nouvelles, sur le thème du «grand retour» de l'Amérique. Les indicateurs économiques sont au beau fixe, a-t-il insisté, en évoquant le «boom des cols bleus». «Contrairement à tant d'autres avant moi, je tiens mes promesses», s'est-il vanté, sous les applaudissements réguliers d'une moitié de l'hémicycle pendant que l'autre restait de marbre. Et de souligner qu'en «trois années à peine, nous avons fait voler en éclats la mentalité du déclin américain». Il a notamment mentionné les accords commerciaux avec la Chine, le Canada et le Mexique.

Immigration, sécurité, assurance santé, éducation, crise des opioïdes: le président a brassé large, et multiplié les promesses de campagne. Il n'a pas manqué de critiquer l'aile gauche démocrate. «On ne laissera jamais le socialisme américain détruire notre système de santé», a-t-il notamment averti. Son discours a également porté la marque de sa fille Ivanka: Donald Trump a annoncé être prêt à signer une loi en faveur d'un congé parental de 12 semaines pour les fonctionnaires fédéraux.

Sur le plan de la politique étrangère, Donald Trump a salué la présence à la tribune de l'opposant vénézuélien Juan Guaido, décrit comme «le seul président légitime du Venezuela». «Maduro est un dirigeant illégitime, un tyran qui brutalise son peuple. Mais sa tyrannie sera brisée et détruite.» Il a également réaffirmé sa volonté de terrasser les terroristes et de mettre fin aux guerres de l'Amérique au Moyen-Orient, en passant très vite sur son plan israélo-palestinien et sur l'Iran. Comme lors de chaque discours sur l'état de l'Union, il y a eu des moments d'émotions savamment mis en scène. Comme cette séquence où une famille d'un militaire déployé en Afghanistan apprend en direct son retour, sa présence au Congrès et peut le serrer dans ses bras. 

«La vérité lui importe peu»

La procédure de destitution? Pas un seul mot, alors que ces derniers jours, Donald Trump donnait dans le registre de la victimisation, accusant une nouvelle fois les démocrates de «mascarade» et de mener une «chasse aux sorcières». Lundi, le démocrate Adam Schiff, pour l'occasion procureur en chef du procès, bien conscient que le verdict ne fait pas l'ombre d'un doute, a attaqué Donald Trump une dernière fois: il l'estime dépourvu de toute «boussole morale». «La vérité lui importe peu, le bien encore moins et la décence pas du tout», a-t-il résumé. Pour rappel, le président est notamment accusé d'avoir fait pression auprès de son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, en conditionnant l'octroi d'une aide de près de 400 millions de dollars à Kiev à l'ouverture d'une enquête sur les Biden. Malgré de mauvais résultats dans l'Iowa, l'ancien vice-président de Barack Obama est toujours en tête des sondages nationaux pour la course à la Maison-Blanche. 

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Le discours a eu lieu dans la Chambre des représentants, où a été lancée la procédure d'impeachment, alors que le procès se déroule au Sénat. Quelques heures avant le discours présidentiel, les sénateurs tentaient d'ailleurs encore de régler les derniers détails concernant le verdict qui sera prononcé ce mercredi. Donald Trump souhaiterait pouvoir s'exprimer. Mardi soir, c'est en signant des autographes, notamment sur une cravate colorée, qu'il a quitté le Capitole, sous les félicitations nourries de ses soutiens. Aussi imperturbable et confiant qu'à son arrivée.