Diplomatie

Donald Trump vante le travail de son homologue turc

Le président américain est resté évasif sur la Syrie un mois après l'offensive militaire d'Ankara. Le chef du Pentagone Mark Esper a, lui, annoncé qu'entre 500 et 600 soldats resteront en Syrie

Après des semaines d'échanges tendus et parfois confus, Donald Trump a vanté mercredi sa bonne entente avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan. «Je suis un grand fan du président», a lancé d'entrée le locataire de la Maison Blanche en évitant soigneusement les sujets qui fâchent, tels que l'achat par la Turquie de systèmes de missiles antiaériens S-400 à la Russie. «Nous sommes amis depuis longtemps», a-t-il martelé.

La conférence de presse commune des deux dirigeants a donné lieu à une étrange scène lorsqu'un journaliste a demandé Recep Tayyip Erdogan ce qu'il avait pensé de la surprenante lettre que Donald Trump lui avait adressée sur le dossier syrien et qui se concluait par ces mots: «Ne jouez pas au dur! Ne faites pas l'idiot!». Le président turc n'a pas répondu directement à la question.

Muet sur les critiques sur l'abandon de la Syrie

Le milliardaire républicain s'enorgueillit de savoir négocier avec les dirigeants autoritaires. Mais ses tractations avec Recep Tayyip Erdogan au cours des semaines écoulées ont été pour le moins chaotiques. Après l'annonce par Donald Trump du retrait des troupes américaines déployées dans le nord-est de la Syrie, Ankara a lancé le 9 octobre une offensive militaire visant les forces kurdes, alliées de la coalition internationale dans la lutte contre les djihadistes.

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Fortement critiqué, y compris dans son propre camp, il a ensuite durci le ton, menacé de «détruire» l'économie turque et autorisé des sanctions contre la Turquie, qui ont été levées après un accord conclu mi-octobre.

«Le cessez-le feu continue à tenir», s'est félicité Donald Trump, restant muet sur les critiques selon lesquelles il a, par son retrait précipité, abandonné les forces kurdes qui ont pourtant joué un rôle-clé sur le terrain dans la lutte contre les djihadistes.

Des piques envoyées à la France et à l'Allemagne

Les atermoiements de Donald Trump et l'offensive turque ont aussi suscité de vives tensions au sein de l'Alliance atlantique - dont la Turquie est membre - qui redoute une résurgence du groupe Etat islamique.

Le président français Emmanuel Macron a déploré en termes très vifs l'absence totale de coordination avec les Etats-Unis sur ce dossier. Dénonçant, dans un entretien à l'hebdomadaire The Economist, «une agression» menée par la Turquie, «dans une zone où nos intérêts sont en jeu», il avait jugé que l'Otan était en état de «mort cérébrale».

Dans une pique au président français, Donald Trump s'est fait l'écho du mécontentement de la Turquie. «Je pense que le président (turc) n'a vraiment pas apprécié (..) et je pense que beaucoup d'autres gens ont eu la même réaction», a-t-il déclaré. «Inacceptable», a simplement ajouté Recep Tayyip Erdogan dont les propos étaient traduits par un interprète.

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Une nouvelle fois, le président américain a appelé les pays européens - France et Allemagne en tête - à rapatrier leurs ressortissants figurant parmi les djihadistes du groupe Etat islamique détenus en Syrie. «Ces pays devraient nous aider», a-t-il martelé.

La reconnaissance du génocide arménien pas digérée

Une réunion doit rassembler jeudi à Washington les ministres de la coalition internationale antidjihadiste. Elle avait été demandée en urgence par le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian après l'annonce du retrait des soldats américains.

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Recep Tayyip Erdogan a profité de l'occasion pour exprimer son mécontentement après le vote, fin octobre, d'un texte par la Chambre des représentants des Etats-Unis, qualifiant de «génocide» le massacre de centaines de milliers d'Arméniens par l'Empire ottoman, un terme que la Turquie rejette. Affirmant que cette initiative avait «profondément blessé la nation turque», il a estimé que cela risquait de nuire aux relations entre Ankara et Washington.


Washington gardera 600 soldats en Syrie

Les Etats-Unis maintiendront finalement des militaires en Syrie, malgré la volonté affichée par le président Donald Trump de cesser les «guerres sans fin», selon le chef du Pentagone Mark Esper. «Nous sommes encore en train de retirer les troupes du nord-est de la Syrie», a déclaré le ministre américain de la Défense dans l'avion l'acheminant à Séoul, où il entame jeudi une tournée en Asie. «Nous y aurons finalement entre 500 et 600 soldats.»

Alors qu'on lui demandait si ce nombre comprenait les quelque 200 soldats déployés sur la garnison d'Al-Tanf (sud), à la frontière avec la Jordanie, Mark Esper a expliqué qu'il ne parlait que du nord-est de la Syrie, où Donald Trump a désormais chargé le Pentagone de sécuriser les champs de pétrole. «Dans tout le pays, ça fait à peu près 600», a-t-il conclu.

Un responsable militaire américain avait indiqué la semaine dernière à l'Agence France-Presse (AFP) que le nombre de soldats américains déployés en Syrie restait à peu près stable, à un peu moins d'un millier, ajoutant que le retrait du nord se poursuivait. Mark Esper a souligné que les chiffres pourraient encore changer, notamment si des alliés européens renforçaient leurs effectifs dans le pays.

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