Diplomatie

Donald Trump-Xi Jinping, le choc des titans

Le président américain reçoit son homologue chinois en plein remous. Secrétariat d’Etat décimé, Conseil national de sécurité réorganisé après l’éviction de Stephen Bannon: Donald Trump s’est-il suffisamment préparé à cette visite aux enjeux cruciaux?

«Très difficile». Avant même de recevoir le président chinois jeudi et vendredi, c’est en ces termes que Donald Trump a évoqué la rencontre avec Xi Jinping. Corée du Nord et relations commerciales crispées seront au coeur des discussions, alors que Donald Trump n’avait cessé, pendant sa campagne, de qualifier la Chine de «principal ennemi». Xi Jinping n’est par ailleurs pas reçu à la Maison-Blanche, mais à Mar-a-Lago, où il se gardera bien de jouer au golf avec son homologue, un sport qu’il perçoit comme un vice.

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Le lieu choisi, un club privé de luxe, propriété de Donald Trump, avec des membres fortunés triés sur le volet, doit-il être compris comme une tentative d’intimidation de la part de Donald Trump, malgré le goût partagé de son hôte pour le kitsch? Le New York Times vient de rappeler que parmi les membres du club élitiste, se trouve un certain Guo Wengui, milliardaire chinois actif dans l’immobilier. Un exubérant personnage qui a quitté la Chine en plein scandale de corruption, sans ménager les leaders chinois. Une carte que Donald Trump s’apprête à dégainer? Pas sûr que Xi Jinping ait envie de le croiser à Mar-a-Lago.

Secrétariat d’Etat dégraissé

Quoi qu’il en soit, c’est bien à un choc des titans que ressemble cette visite. Il s’agit d’une des rencontres avec un dirigeant étranger les plus importantes pour Donald Trump, et toute la question est de savoir comment ce dernier s’y est préparé. Secrétariat d’État dégraissé, patron de la diplomatie très discret pour ne pas dire absent, tensions dans l’entourage du président, son conseiller stratégique, Stephen Bannon, ayant été écarté du Conseil national de sécurité, celui-même qui est censé se pencher sur des dossiers cruciaux comme la Corée du Nord: les circonstances ne sont pas les meilleures pour affronter un adversaire coriace.

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Jared Kushner, l’influent gendre du président américain, officie comme conseiller, et prend toujours plus d’ascendant sur Rex Tillerson, le Secrétaire d’Etat. S’il paraît beaucoup s’occuper du Moyen-Orient et vient de se rendre en Irak, son rôle dans le dossier chinois est moins clair. Quant à Peter Navarro, l’économiste nommé par Trump à la tête du Conseil du commerce national, la seule évocation du titre de son livre «La mort par la Chine: comment l’Amérique a perdu sa base industrielle» démontre à quel point c’est un adversaire des Chinois. Donald Trump a par ailleurs dû ces derniers jours faire face à quelques incendies sur le plan interne après son échec de l’abrogation de l’Obamacare et le psychodrame autour de la nomination du juge Gorsuch à la Cour suprême, le détournant du dossier chinois.

«Voleuse» d’emplois américains

Pendant sa campagne, Donald Trump n’avait pas ménagé la Chine. Il a accusé Pékin de «manipuler» sa monnaie pour favoriser les exportations et de «voler» des millions d’emplois aux Etats-Unis. Il y a aussi eu l’épisode de Taïwan: à peine élu, il avait provoqué la colère de Pékin en laissant entendre qu’il pourrait revenir sur le «principe de la Chine unique», avant de se raviser.

Les discussions à propos de la Corée du Nord, qui vient de procéder à un nouveau tir de missile, seront cruciales. Donald Trump a appelé mercredi le dirigeant japonais, pour lui assurer que les Etats-Unis allaient renforcer leurs capacités militaires. Il exhorte la Chine à mettre la pression sur la Corée du Nord pour qu’elle renonce à son programme nucléaire. Dimanche, Donald Trump avait à nouveau évoqué le recours à des «leviers commerciaux» pour s’assurer de la coopération de Pékin, tout en déclarant, au Financial Times, que les Etats-Unis étaient prêts à «régler» seuls le problème.

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L’autre dossier, justement, c’est le commerce. Les fronts sont tendus entre les présidents des deux premières puissances économiques mondiales. Washington a Pékin dans le viseur en raison du déficit commercial qui s’est élevé à 347 milliards de dollars avec la Chine. C’est ce qui a poussé, le président américain à évoquer une taxe sur les produits étrangers importés. Le chiffre de 45% sur les produits chinois a même été brandi. Sauf que personne ne semble y croire. Selon des sources diplomatiques à Pékin évoquées par l’AFP, l’homme fort du régime communiste arrive avec «du grain à tweeter» pour le président américain. Des concessions en matière de commerce et d’investissement qui passeraient par la création d’emplois aux Etats-Unis. Le président chinois pourrait en échange demander aux Américains de renoncer à un contrat d’armement avec Taïwan.

«Inventé par les Chinois»

Troisième dossier: le climat. Xi Jinping et Barack Obama était parvenus à s’entendre, or Donald Trump, climatosceptique assumé, remet l’Accord de Paris en question et n’a pas hésité à déclarer, dans un tweet de 2012, que le réchauffement climatique avait été «inventé par les Chinois pour empêcher l’industrie américaine d’être compétitive». Ce dossier sera probablement éclipsé par les deux autres.

Face à Xi Jinping, Donald Trump va devoir adapter son langage diplomatique. Les Chinois sont jusqu’ici restés relativement calmes face à sa rhétorique agressive et ses coups de bluff. Ils semblent s’être mieux préparés à la rencontre, allant jusqu’à publier, à travers l’agence Xinhua, de pleines pages de publicité dans la presse américaine à la gloire de Xi Jinping. De discrets émissaires préparent la rencontre au sommet depuis des mois. Mais la préparation à… l’impréparation et à l’imprévisibilité de Donald Trump est des plus complexes et source de nervosité.

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