Gaza: promesses de fonds et appels à la paix

Proche-Orient Les pays donateurs ont promis 5,4 milliards de dollars pour reconstruire Gaza

Le chantier ne commencera pas sans le feu vert israélien

A l’invitation de l’Egypte et de la Norvège, 50 pays participent à la Conférence internationale des donateurs pour la reconstruction de Gaza qui s’est ouverte dimanche au Caire. Les promesses de dons ont atteint 5,4 milliards de dollars, soit davantage que le coût de la remise en état de l’enclave palestinienne partiellement ravagée par la guerre entre le Hamas et Israël de l’été, estimé à 4 milliards de dollars. A lui seul, le Qatar a promis 1 millard de dollars. La Suisse, elle, a annoncé 30 millions de francs par an jusqu’en 2017, sous forme d’aide humanitaire.

Cependant, la conférence ambitionne de dépasser sa vocation purement financière pour s’aventurer sur le terrain diplomatique et remettre sur pied le processus de paix israélo-palestinien, interrompu depuis avril dernier. «J’en appelle au gouvernement israélien, le temps est venu de mettre fin au conflit. […] Nous devons transformer ce moment en un vrai point de départ d’un processus qui stabilisera la région», a déclaré le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi.

Quant au secrétaire d’Etat américain, John Kerry, il a certes promis que les Etats-Unis contribueront à la reconstruction de l’enclave à concurrence de 212 millions de dollars, mais il a surtout appelé à «un engagement renouvelé des participants à œuvrer pour la paix».

Seront-ils entendus? Rien n’est moins sûr. Les relations entre l’Etat hébreu et l’Autorité palestinienne, qui vient de reprendre pied dans la bande de Gaza après en avoir été chassée en 2007 par le Hamas, se sont fortement détériorées depuis la constitution d’un gouvernement palestinien d’union nationale entre le Fatah du président Mahmoud Abbas et le Hamas en avril dernier.

Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, qui n’a pas été invité au Caire, proclame d’ailleurs qu’il ne négociera pas avec Mahmoud Abbas tant que celui-ci «maintiendra son alliance avec un groupe terroriste».

«La formation de ce cabinet de technocrates soutenu par le Fatah et par le Hamas a définitivement achevé de geler les pourparlers de paix entamés neuf mois plus tôt et qui tournaient de toute façon à vide», explique le spécialiste des questions israélo-palestiniennes, Ohad Hemo. «Quelques semaines plus tard, la tension entre l’Etat hébreu et l’Autorité palestinienne est montée de plusieurs crans, lorsque Mahmoud Abbas, qui s’exprimait à la tribune de l’ONU, a accusé Israël d’avoir perpétré une «guerre génocidaire» dans la bande de Gaza et l’a menacé d’entamer une procédure devant la Cour pénale internationale». Et de poursuivre: «Quoi qu’en pensent les participants à la conférence du Caire, le climat n’est donc pas propice à la reprise des négociations. Il l’est d’autant moins que des responsables israéliens, tel le ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman, accusent la communauté internationale de s’occuper de cette question «de manière obsessionnelle» au lieu de se focaliser sur les «vrais problèmes» comme l’Etat islamique, la guerre civile syrienne ou l’exode des Kurdes.»

Processus de paix ou pas, la reconstruction de Gaza devient plus pressante chaque jour. Parce que l’hiver approche et que des dizaines de milliers de Palestiniens campent encore dans les décombres de leur immeuble. Or, ce chantier géant ne pourra débuter sans l’accord des dirigeants israéliens.

Concrètement, ceux-ci acceptent de lever partiellement le blocus, mais ils exigent en échange le calme complet. C’est-à-dire l’arrêt total des tirs de roquettes palestiniennes sur leur pays. En outre, ils réclament la mise en place d’un contrôle international sur les produits électriques et électroniques importés dans l’enclave. Ainsi que sur l’usage du béton et du ciment. Cela, afin d’éviter le détournement de matériel pour la construction de tunnels militaires.

Israël, l’ONU et l’Autorité palestinienne, dont plusieurs milliers d’officiers reprendront pied dans la bande de Gaza à partir de cette semaine, ont, semble-t-il, déjà trouvé un accord à ce propos. Dans les grandes lignes, celui-ci prévoit que les points de passage de Gaza seront contrôlés par les hommes de Mahmoud Abbas, que chaque envoi de béton ou de ciment sera dédié à un projet de reconstruction bien précis et que les quantités de matériel seront calculées au plus juste. Chaque convoi sera tracé afin d’éviter d’éventuels détournements.

Ce système répond aux exigences de sécurité israéliennes mais il rassure également les donateurs internationaux. Car ceux-ci commencent à se lasser de devoir mettre la main à la poche tous les deux ans, à chaque guerre entre l’Etat hébreu et le Hamas.

«Quoi qu’on en pense au Caire, le climat n’est pas propice à la reprise des négociations israélo-palestiniennes»