Donné pour mort, le chef de Boko Haram réapparaît dans une vidéo

Nigeria «Me voilà en vie», fanfaronne Abubakar Shekau

Abubakar Shekau peaufine sa légende de revenant à grand renfort de sarcasmes mégalomaniaques. Donné pour mort par l’armée camerounaise, puis par la nigériane la semaine passée, le chef du mouvement armé intégriste Boko Haram est réapparu jeudi dans une vidéo transmise à l’AFP. «Ni Barack Obama, ni François Hollande, ni Benyamin Netanyahou, ni Ban Ki-moon, ni la reine Elisabeth ne me tueront», s’y vante l’homme barbu en treillis sur fond de brousse verte.

Aucun élément ne permet de déterminer l’endroit où cette vidéo de 37 minutes a été tournée, ni la date de sa réalisation, précise l’AFP. Elle contient aussi des scènes de violence extrême, d’amputation, de lapidation et de décapitation. Abubakar Shekau, dont les combattants ont étendu leur emprise territoriale dans le nord-est du Nigeria ces derniers mois et ont proclamé en août l’avènement d’un «califat islamique» dans l’Etat de Borno, s’y moque de «la propagande» de l’armée. Il ajoute: «Je ne mourrai que le jour où Allah m’ôtera le souffle.» Il précise aussi que ce sont ses condisciples qui ont abattu un avion militaire nigérian dont la trace a été perdue le 11 septembre, avec deux pilotes à son bord. «Foutaises», a rétorqué un porte-parole de l’armée de l’air interrogé par l’AFP.

Sa vie est une énigme

En au moins deux occasions déjà depuis 2009, la mort de cet intégriste, qui a revendiqué le rapt de plus de 200 écolières en avril dernier, a été annoncée par des sources sécuritaires nigérianes. A chaque fois, elles ont été démenties par des vidéos. La semaine passée, les spécialistes et des journalistes avaient lourdement mis en doute les affirmations d’Abuja.

Si ses morts ont toujours été sujettes à caution, la vie même d’Abubakar Shekau est une énigme. A-t-il 35 ans? En a-t-il dix de plus? Nul n’est en mesure de lui donner un âge précis, pas même le Département d’Etat américain, qui a mis sa tête à prix pour 7 millions de dollars en l’ajoutant à sa liste des «terroristes mondiaux».

Originaire de l’Etat de Yobe, dans le nord-est du pays, il aurait été endoctriné dans la ville de Maiduguri, la capitale de l’Etat voisin de Borno, où le prêcheur Mohamed Yusuf a fondé Boko Haram il y a une douzaine d’années. Il en serait devenu le bras droit, avant de s’autoproclamer leader du mouvement en 2010 après la mort de ce dernier. C’est sous son impulsion que l’organisation sectaire s’est transformée en véritable insurrection armée. Certains experts n’excluent pas la possibilité que «plusieurs» Abubakar Shekau se soient mis en scène dans les vidéos de propagande de Boko Haram. Même si les visages se ressemblent, «il apparaît dans certains cas plus gros, ou la couleur de sa peau est bien plus sombre. Les postures diffèrent, tout comme le rythme d’élocution et la manière d’ouvrir la bouche», souligne ainsi une récente note du Terrorism Research and Analysis Consortium. Dans une vidéo en 2012, il avait déclaré: «J’aime tuer […] comme j’aime sacrifier les poulets et les moutons.»