Doru Costea a succédé à Luis Alfonso de Alba à la présidence du Conseil des droits de l'homme de l'ONU au début juillet. En juin, les membres ont réussi in extremis à adopter par consensus un paquet qui donne les principaux contours institutionnels du nouveau Conseil. L'ambassadeur roumain livre son analyse après la 6e session de la nouvelle institution.

Le Temps: Le paquet adopté en juin semble menacé. Votre diagnostic?

Doru Costea: Ma première tâche a été de consolider ce qui avait été décidé en juin. Nous avons travaillé à finaliser l'examen périodique universel (ndlr: une évaluation de la situation des droits de l'homme par les pairs), un mécanisme unique dans le système des Nations unies. L'autre tâche essentielle, c'est la révision des mandats des rapporteurs spéciaux par pays. Si nous prenons une métaphore propre au patinage artistique, nous avons achevé le programme imposé et devons nous atteler au programme libre. Il faut désormais traiter de la substance, des violations des droits de l'homme.

- L'édifice institutionnel reste toutefois très fragile.

- Il y a en effet plusieurs Etats qui souhaitent se débarrasser des mandats des rapporteurs spéciaux par pays. Ils les trouvent trop sélectifs et discriminatoires. Des Etats comme le Burundi ou Haïti ont toutefois montré qu'ils y tiennent. Certes, ces mandats ne doivent pas être un instrument inquisitorial. Ils doivent servir à montrer les efforts accomplis par les gouvernements sous la loupe. Mais aussi à montrer leurs lacunes. Les droits de l'homme sont une réalité très complexe. Dans un monde interdépendant comme le nôtre, les réponses à donner doivent être globales. Des violations des droits humains au Moyen-Orient, en Birmanie ou au Soudan ne peuvent pas être abordées de façon purement nationale, sectorielle. La problématique dépasse largement les frontières d'un pays.

- Dominé par le groupe africain et l'Organisation de la conférence islamique, le Conseil a imposé une vision parfois très unilatérale des droits humains, non?

- Numériquement, c'est un fait. L'Asie et l'Afrique ont plus de sièges que l'Occident. Cela donne un certain pouvoir, mais cela ne veut pas dire que ce pouvoir est toujours exercé à bon escient. Le Conseil parvient néanmoins à sortir de la logique des blocs. Deux exemples: une session spéciale sur le Darfour a eu lieu grâce à une bonne coopération transrégionale entre l'Union européenne et le groupe africain. Au sujet de la Birmanie, c'est l'UE qui a réussi à convaincre d'autres Etats d'organiser une session spéciale mardi. Pour que la coopération transrégionale soit possible, il faut que tout le monde se rende compte qu'aucun pays n'est parfait. Cela pousse à s'entraider.

- Etes-vous satisfait du traitement par le Conseil du conflit israélo-arabe?

- Sur ce point, le Conseil a échoué. Le problème palestinien est extrêmement complexe. Il revêt plusieurs dimensions. Le Conseil doit rester modeste et se concentrer sur l'une d'elles, celle des droits humains. Mais il doit examiner l'attitude de toutes les parties, pas seulement celle d'un pays.

- A l'Assemblée générale, mardi, George Bush a déclaré que si l'ONU veut retrouver sa crédibilité, elle doit réformer le Conseil des droits de l'homme...

- Je suis d'accord avec lui. Il faut constamment améliorer le fonctionnement du Conseil. Mais maintenant que la nouvelle institution est sur pied, il faut la tester. Ce serait dangereux de chercher

à en construire une autre avant

de l'avoir éprouvée.

- Les critiques à l'égard du Conseil restent vives. Que leur répondez-vous?

- Le Conseil a une image contrastée. Il a fait du bon et du mauvais travail. Mais je serais inquiet s'il avait une image parfaite. En tant que Roumain, je me méfie des images parfaites. En Roumanie, j'ai vécu une bonne partie de ma vie avec une telle image de mon pays. J'ai appris à m'en méfier...