Le Doubs échappe de justesse au Front national

France Le candidat socialiste l’emporte dans ce scrutin jugé à valeur nationale

Sophie Montel ne sera pas la troisième députée du Front national. Cette femme de 45 ans, engagée à l’extrême droite depuis ses 18 ans, et qui avait soutenu Jean-Marie Le Pen quand il avait parlé de «l’inégalité des races» en 1996, ne rejoindra pas Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard sur les bancs de l’Assemblée nationale. Mais il s’en est fallu d’un cheveu.

Arrivée en tête, il y a huit jours, lors du premier tour de l’élection législative partielle du Doubs (elle avait récolté 32,6% des voix, contre 28,6% pour son premier poursuivant), elle s’est inclinée dimanche face au candidat socialiste. Mais Frédéric Barbier ne l’emporte que de quelques centaines de voix sur son adversaire. Son score devrait s’établir autour de 51%. Préoccupant dans cette circonscription ancrée à gauche. Le candidat de l’UMP, Charles Demouge, avait été éliminé dès le premier tour sur fond de forte abstention (60%). La plus forte mobilisation du second tour ne s’est pas faite au seul profit du «front républicain». La candidate FN améliore de 16 points son score du premier tour!

Cacophonie à l’UMP

Le candidat PS avait reçu le soutien du reste de la gauche et des Verts. L’état-major de l’UMP, au terme d’une semaine de cacophonie entre ses leaders, s’était prononcé en faveur du «ni-ni»: ni vote pour le candidat socialiste, ni vote pour la candidate FN. Autrement dit: vote blanc ou abstention. Nicolas Sarkozy, le président du parti, qui plaidait pour un refus du vote FN tout en laissant le choix à ses électeurs sur les moyens de lui faire barrage, avait été mis en minorité mardi par son propre bureau politique. Tout comme Alain Juppé, qui soutenait, de même que Nathalie Kosciusko-Morizet, l’idée d’un vote franc pour le Parti socialiste.

Pour la majorité, ce n’est qu’un maigre soulagement. Le résultat inspire en réalité surtout de l’inquiétude. Cette élection partielle, organisée pour repourvoir le siège de Pierre Moscovici – promu commissaire européen –, était devenue hautement symbolique. C’était en effet la première fois que les électeurs étaient appelés aux urnes après les attentats perpétrés à Paris, il y a tout juste un mois. François Hollande, qui avait su incarner l’esprit d’unité nationale après la tragédie de Charlie Hebdo et de l’épicerie casher de la porte de Vincennes, avait été apprécié par les Français pour sa gestion de la crise. Mais rien n’indiquait pour autant que cet effet se traduirait dans les urnes. C’est la première fois depuis son installation à l’Elysée en 2012 que le Parti socialiste remporte une élection législative partielle.

Série de visites

La gauche n’avait pas ménagé ses efforts. Le premier ministre, Manuel Valls, s’était déplacé deux fois dans la circonscription. Son ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, avait lui aussi fait le déplacement cette semaine. Une manière de «nationaliser» le débat alors que le Front national avait aussi dépêché ses ténors: la présidente Marine Le Pen s’était déplacée avant le premier tour et ses lieutenants Florian Philippot et Steeve Briois l’avaient suivie la semaine dernière.

Un scrutin dont le Parti socialiste devra tirer tous les enseignements alors que des élections départementales et régionales sont programmées pour cette année, les premières en mars, les secondes en décembre. Des élections pour lesquelles le FN n’a rien perdu de ses ambitions: l’extrême droite espère conquérir une poignée de départements et deux régions qui constituent ses bastions: Provence-Alpes-Côte d’Azur et Nord-Pas-de-Calais/Picardie.