En annonçant avoir trouvé un accord sur la réduction de 50% des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050, les dirigeants du G8 affirmaient mercredi soir avoir remporté un grand succès. En conférence de presse, le président Nicolas Sarkozy expliquait qu’il aurait voulu aller plus loin, mais soulignait: «C’est la première fois qu’on parvient au G8 à fixer des objectifs chiffrés.»

De son côté la chancelière allemande, Angela Merkel, se réjouissait d’avoir réussi à imposer sa vision et sa volonté de ne pas s’en tenir à des déclarations d’intention. «Avant le G8, la dirigeante allemande a été la plus déterminée dans la préparation d’une résolution sur le climat, souligne un diplomate italien. Elle voulait absolument être la première à prendre la parole sur cette question lors de la réunion du G8 de mercredi.»

Jeudi, le Forum des principales économies (Major Economies Forum, MEF), qui regroupe le G8 plus neuf autres pays dont le Brésil, la Chine, l’Inde et le Mexique et qui représente les principaux pays émetteurs de CO² du monde, n’a toutefois pas repris les recommandations des huit dirigeants et rejeté tout objectif en terme de pourcentage de réduction des gaz à effet de serre. La Chine, devenue le premier pollueur de la planète, a clairement fait savoir qu’elle n’entendait pas freiner sa croissance et son rattrapage des pays industrialisés au nom du réchauffement climatique. «Nous ne sommes pas liés par l’accord du G8», a expliqué un responsable du Ministère chinois de l’intérieur. Le MEF s’est ainsi contenté de reconnaître génériquement que «les changements climatiques représentent un danger évident et exigent une réponse globale extraordinaire».

Alors que le G8 avait affiché l’intention de diviser par deux les gaz à effet de serre d’ici à 2050 («par rapport à 1990 ou à des années plus récentes») et de «80% ou plus» celles des pays industrialisés, le MEF n’a conservé que l’objectif de contenir le réchauffement global à moins de deux degrés. De manière assez vague, le Forum a fait part de sa «détermination à faire tous les efforts possibles pour obtenir un accord» lors de la conférence des Nations unies sur le climat qui se tiendra en décembre prochain à Copenhague.

Le texte du G8 était pourtant le fruit d’un compromis à minima (au point d’être qualifié jeudi «d’insuffisant» par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon), Angela Merkel étant visiblement la plus en pointe. Au cours de la réunion du G8, Nicolas Sarkozy aurait quant à lui insisté sur la taxe sur le carbone, le chef de l’Etat français étant, comme la chancelière allemande, favorable à des objectifs intermédiaires et à moyen terme, c’est-à-dire à l’horizon 2020. Mais le président russe, Dmitri Medvedev, aurait tenté lors de la réunion de limiter les ambitions chiffrées. Selon des sources diplomatiques, le chef du Kremlin aurait certes accepté une réduction de 80% en 2050 mais souhaité une limitation à un modeste 10-15% en 2030.

Au bout du compte, c’est le dialogue entre Angela Merkel et le président Barack Obama qui aurait permis de faire avancer les choses, la première s’adressant directement à l’intéressé: «Signerez-vous l’accord en cas de succès à Copenhague?» – alors que les Etats-Unis de George W. Bush n’avaient pas reconnu la Protocole de Kyoto sur le climat. «Je ne veux pas me prononcer pour l’instant, nous devons travailler», aurait répondu le président américain. Ce dernier doit en effet compter avec le Congrès pour ratifier un éventuel accord.

Le renoncement à fixer des objectifs intermédiaires allant d’une fourchette de 25 à 40% en 2020 aurait finalement permis de trouver un terrain d’entente. Reste que, dès mercredi soir, un conseiller du président russe a qualifié d’«inacceptable» la solution adoptée par le G8. «Le terme est peut-être un peu fort, commentait-on hier dans l’entourage de Dmitri Medvedev. Mais nous ne voulons pas sacrifier la croissance économique alors que la Russie est plus proche des situations chinoise et indienne. Le conseiller du président a simplement été plus honnête que d’autres qui considèrent eux aussi que les objectifs risquent de ne pas être réalistes mais qui n’osent pas le dire.»

Hier, Greenpeace estimait que «les leaders du G8 ont failli à leur mission d’obtenir des progrès significatifs sur le climat».