émeutes

Les doutes naissent sur le modèle d’intégration suédois

Une quatrième nuit d’incidents à Stockholm et dans sa banlieue soulève des doutes sur l’efficacité des efforts de la Suède en faveur de l’intégration de la population d’origine immigrée

Les incidents dans la banlieue de Stockholm font douter de l’intégration en Suède

Ces incidents auraient pour origine la mort, à Husby, un quartier défavorisé de la capitale, d’un habitant de 69 ans abattu par la police.

Husby est l’un des endroits les plus déshérités du pays, avec de vieilles barres d’immeubles et un chômage élevé par rapport au reste de la Suède. Il est tout proche du quartier de Kista, endroit où la Suède s’enorgueillit de regrouper un secteur des hautes technologies en pleine expansion.

«Je ne sais pas pourquoi ils font ça», dit Mehmet, employé d’une pizzeria d’Husby, dont des casseurs ont brisé les vitres à coup de pierre. Butin: une dizaine de boissons.

Le premier ministre, Fredrik Reinfeldt, a donné une explication. «Il est important de se rappeler que brûler la voiture de son voisin n’est pas un exemple de la liberté d’expression, c’est du hooliganisme», a-t-il déclaré à l’agence de presse suédoise TT.

Il a appelé au calme, alors que les incendies de voitures, dégradations et jets de pierres, d’abord confinés à Husby, se sont étendus à d’autres quartiers de Stockholm et sa banlieue, à la fois les plus pauvres et ceux qui concentrent la plus forte population immigrée.

«La Suède est un pays qui reçoit de grands groupes d’autres pays. Je suis fier de cela», a déclaré le chef du gouvernement. Il a reconnu qu’il y avait «souvent une période de transition entre les différentes cultures», que le gouvernement cherchait à faciliter par l’amélioration de l’enseignement de la langue suédoise.

Sur place, la police s’activait pour retrouver les responsables des troubles. Mercredi, à Husby, la police a arrêté un homme dans le cadre de l’enquête sur l’incendie d’un centre d’expression artistique.

Des habitants d’Husby reprochaient aux hommes politiques et à ceux qui commentaient ces événements dans la presse de surinterpréter.

«Ça n’a rien à voir avec l’homme de 69 ans», disait Reber Berry, conducteur de train, qui estimait que les émeutiers avaient juste saisi un prétexte.

D’autres relevaient que beaucoup d’entre eux étaient très jeunes, et n’avaient donc pas de conscience politique affirmée sur les problèmes de chômage des jeunes et de discrimination.

«Je ne dis pas qu’il n’y a pas de problème» mais «il ne faut pas exagérer les problèmes sous-jacents», soulignait un étudiant de 25 ans. Il était sévère avec la police et ses «généralisations». «S’ils voient 20 jeunes ici la nuit, ils vont supposer qu’ils dealent du shit», déplorait-il.

L’extrême droite a dénoncé une politique d’immigration «irresponsable»

«Jamais auparavant on n’avait dépensé autant d’argent qu’aujourd’hui dans les banlieues à forte population immigrée», ont écrit le président des Démocrates de Suède, Jimmy Aakesson, et le porte-parole du parti, Richard Jomshof, dans une tribune publiée par le quotidien Svenska Dagbladet.

Ils rappelaient les efforts faits pour Husby: un nombre d’élèves par classe très bas, «des bibliothèques flambant neuves» et des maisons de la jeunesse qui «ont des horaires d’ouverture généreux».

Stockholm avait déjà été touchée par des troubles en 2010, avec l’attaque d’un commissariat et des incendies à Rinkeby, autre quartier défavorisé de la ville, par près d’une centaine de jeunes.

La Suède est devenue l’une des destinations les plus prisées par les immigrants en Europe ces dernières années. Environ 15% de sa population est née à l’étranger, selon les estimations.

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