Pourquoi Aslan Maskhadov se serait-il terré dans un sous-sol sans issue de secours? Pourquoi dans un village connu comme particulièrement loyal aux forces russes? Une semaine après l'annonce de la mort de Maskhadov, les doutes se multiplient en Russie sur la version officielle de la mort de l'ancien président tchétchène.

Selon les services secrets russes (FSB), Aslan Maskhadov aurait été tué le 8 mars dans le sous-sol d'une maison de Tolstoï-Iourt, à quelques kilomètres au nord de Grozny, où il s'était caché avec trois de ses gardes du corps, capturés vivants. Les 10 millions de dollars promis aux informateurs qui révéleraient sa cachette ont été versés, a même ajouté hier le FSB. Le quotidien russe Moskovski Komsomolets, qui a enquêté à Tolstoï-Iourt, a pourtant constaté que le sous-sol où Maskhadov était censé se trouver ne comportait ni issue de secours, ni même un système de ventilation permettant d'y séjourner sans étouffer.

La maîtresse de maison, Iakha Ioussoupova, rencontrée par une journaliste de Moskovski Komsomolets, nie avoir hébergé Maskhadov. Elle et d'autres témoins disent n'avoir entendu que trois ou quatre explosions, ce qui correspond à la version du porte-parole des forces russes, Ilia Chabalkine, selon laquelle Maskhadov aurait été tué lors de l'explosion de son bunker. Mais le cadavre montré laisse plutôt supposer une mort par balle, tirée dans le dos. Le vice-premier ministre tchétchène, Ramzan Kadyrov, affirme, lui, que Maskhadov aurait été tué par l'un de ses gardes du corps, «à la suite de la manipulation maladroite de son arme». Alors que les journalistes commençaient à poser trop de questions, les forces russes ont fait sauter mardi la maison de Tolstoï-Iourt où Maskhadov avait été retrouvé, mettant fin aux investigations.

Moskovski Komsomolets suggère une autre version: Maskhadov aurait été pris vivant par les forces pro-russes, attiré dans un piège. Depuis janvier, huit de ses parents avaient été enlevés par des forces que l'on disait liées au vice-premier ministre, Ramzan Kadyrov. Pour les sauver, Maskhadov aurait accepté des pourparlers avec Kadyrov, qui l'aurait ensuite fait exécuter.

Des images troublantes

«J'ai du mal à concevoir que Maskhadov ait pu accepter de négocier avec Kadyrov. C'est avec Poutine qu'il considérait devoir négocier, objecte Rouslan Badalov, président du comité tchétchène de salut national. En revanche, les images du cadavre de Maskhadov, avec sa chemise qui cache un morceau de bras, laissent penser qu'il pourrait bien avoir été pris vivant et torturé.» Grigori Chvedov, rédacteur en chef du site Internet Le nœud caucasien, doute aussi de la version officielle: «Il est très probable que Maskhadov ait été tué lors d'une opération menée dans les jours précédents, ou lors d'une rencontre avec Kadyrov.»