Etats-Unis

Le drame de Charlottesville met Donald Trump sous pression

La timide et tardive condamnation des suprémacistes blancs par le président américain provoque l’indignation. La Maison-Blanche peine à éteindre l’incendie

Les récents événements de Charlottesville, dans l’Etat de Virginie, qui se sont soldés samedi par le décès d’une militante antiraciste de 32 ans happée par une voiture meurtrière conduite par un néonazi, suscitent une vive émotion aux Etats-Unis. Et de la colère. La timide réaction de Donald Trump a déclenché une polémique et provoqué une crise politique. A tel point qu’un porte-parole de la Maison-Blanche a dû préciser dimanche que sa condamnation incluait «bien sûr les suprémacistes blancs, le KKK, les néonazis et tous les groupes extrémistes».

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«Une attaque terroriste»

Très attendu et sous pression, Donald Trump a fini, lundi après-midi, lors d’un point presse organisé à Washington, par dénoncer lui-même les violences racistes à Charlottesville et déclarer que le «racisme est maléfique». «Ceux qui recourent à la violence en son nom sont des criminels et des voyous, y compris le KKK, les néonazis et les suprémacistes blancs et autres groupes de la haine qui sont répugnants pour tout ce que nous chérissons en tant qu’Américains», a-t-il lu sur un prompteur. Il n’a en revanche répondu à aucune question des journalistes.

Samedi, il avait dans un premier temps condamné l'«énorme démonstration de haine, de sectarisme et de violence» émanant «de diverses parties», renvoyant dos à dos extrémistes de droite et militants antiracistes. Des propos qui ont choqué le camp démocrate mais également dans les rangs républicains. Sa fille Ivanka Trump a par contre dès le départ condamné avec vigueur les suprémacistes blancs. Hillary Clinton et Barack Obama sont sortis de leur réserve. Pour l’ancienne rivale de Donald Trump, «chaque minute où nous permettons à cela de continuer par un encouragement tacite ou par inaction est une honte et un danger pour nos valeurs».

Le vice-président Mike Pence avait tenté d’éteindre l’incendie dimanche en assurant n’avoir «pas de tolérance pour la haine et la violence des suprémacistes blancs, des néonazis ou du KKK», des «groupes marginaux qui n’ont pas de place dans la vie publique américaine», alors que Marco Rubio, sénateur républicain de Floride, appelait à décrire les événements comme une «attaque terroriste menée par des suprémacistes blancs». Lundi matin, c’est Jeff Sessions, le ministre de la Justice, qui a à son tour essayé de clore la polémique. Sans succès. Kenneth Frazier, PDG du géant américain de la pharmacie Merck, a décidé de claquer la porte de la Maison-Blanche. Il démissionne de ses fonctions de conseiller économique de Donald Trump. «Il aura plus de temps pour se consacrer à réduire les prix totalement abusifs des médicaments», a immédiatement rétorqué Donald Trump dans un tweet.

Charlottesville, petite bourgade de 50 000 habitants, est bien malgré elle au coeur de la polémique. Le 8 juillet déjà, une quarantaine de membres du Ku Klux Klan y avaient défilé, parfois en longues robes blanches, face à un millier de militants antiracistes. Des images qui renvoient aux cérémonies nocturnes avec croix enflammées et aux scènes de lynchages de Noirs. Ils avaient l’interdiction de porter leur fameuse cagoule, mais certains ont joué la provocation en exhibant des chapeaux blancs pointus et des drapeaux confédérés. Déjà, le meeting avait pour but de protester contre la décision de retirer d’un jardin public une statue équestre du controversé général sudiste Robert Lee (1807-1870), l’homme qui a dirigé les troupes des Etats esclavagistes pendant la guerre de Sécession.

Avec l’élection de Donald Trump, les Etats-Unis assistent à un réveil de l'«Alt-Right», la droite identitaire prônant la suprématie des Blancs. Son icône est Richard B. Spencer, un adepte du «nativisme» et d’un «paisible nettoyage ethnique». Cette «Alt-Right» s’infiltre jusque dans la Maison-Blanche, à travers le controversé Stephen Bannon, conseiller stratégique de Donald Trump et ancien responsable de Breitbart News, un site de propagande qui diffuse des thèses complotistes et extrémistes. Plusieurs organisations, à l’image du KKK qui compterait encore entre 5000 et 8000 membres, se sentent pousser des ailes sous le nouveau président américain.

Des promesses de campagne

David Duke, un ancien dirigeant du KKK, l’avait félicité le jour de son élection. Présent samedi à Charlottesville, il a assuré que les manifestants étaient là pour venir faire «ce que Donald Trump a promis durant sa campagne, reprendre le contrôle du pays». Sur Twitter, il a haussé un peu le ton à son égard: «Je vous suggère de regarder dans le miroir et de vous souvenir que ce sont les Américains blancs qui vous ont porté à la présidence, pas des radicaux de gauche.»

Début 2016 encore, Donald Trump avait prétendu qu’il ne savait pas qui était David Duke et qu’il ne connaissait rien des suprémacistes blancs. En 2000, pourtant, il l’avait traité de «néonazi». Mais surtout, en 1927, son propre père, Fred Trump, a été arrêté lors d’une marche organisée par près d’un millier de membres et sympathisants du KKK à New York, comme le relate un article du New York Times de l’époque. L’ultra droite n’est jamais très loin de Donald Trump.

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