Etats-Unis

Drapeaux et statues des confédérés: la douloureuse confrontation historique de l’Amérique

Les émeutes de Charlottesville le week-end dernier ont été en partie organisées pour protester contre le retrait de la statue du général des armées confédérées Robert Lee. Pour les Afro-Américains qui ont connu l’esclavage et la ségrégation, ces symboles sont une pure provocation

Aux Etats-Unis, les symboles sont encore puissants. Au cœur des événements tragiques de Charlottesville le week-end dernier, il y a une statue, celle de Robert E. Lee, général en chef des armées confédérées. Des suprémacistes blancs, des néonazis et des membres de la droite identitaire américaine ont défilé vendredi pour protester contre le projet d’enlever la statue.

Or si les émeutes de ce week-end s’expliquent en partie par la très forte polarisation de l’Amérique après l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche, elles mettent aussi en lumière une guerre culturelle qui secoue l’Amérique et son passé de façon récurrente. Toucher à certains symboles, c’est toucher à la psyché des Etats-Unis et à son passé esclavagiste et raciste.

Drapeaux confédérés, statues de soldats et figures des Etats confédérés: pour nombre de suprémacistes blancs, les remettre en question, c’est trahir leurs ancêtres. Ces symboles renvoient à la guerre de Sécession. Ils renvoient aussi à la volonté d’affirmer la suprématie blanche, ainsi qu’à l’ère des infamantes lois Jim Crow instituant la ségrégation raciale à l’époque de la «Reconstruction» au lendemain de la guerre civile, des lois abolies en 1964 au moment de l’adoption de celle sur les droits civiques.

Synonyme de haine raciale

Ils sont aujourd’hui un synonyme de haine raciale. C’est en tout cas ainsi que le perçoit une très large majorité de Noirs américains. C’est dans cet état d’esprit qu’a été démantelée de façon sauvage lundi soir à Durham, en Caroline du Nord, une statue d’un soldat confédéré.

C’est aussi dans cette logique qu’un drapeau confédéré a été retiré, en juillet 2015, d’un mât proche du Capitole de Columbia, la capitale de la Caroline du Sud. Quelques jours plus tôt, un suprémaciste blanc de 21 ans, qui s’était affiché avec un drapeau confédéré, venait d’abattre neuf Afro-Américains dans une église de Charleston. Face à la tragédie, le symbole est devenu insupportable aux yeux de nombreux citoyens.

La gouverneure de l’époque, Nikki Haley, aujourd’hui ambassadrice des Etats-Unis auprès de l’ONU à New York, était initialement peu enthousiaste face aux requêtes de retrait du drapeau. Mais confrontée à une mobilisation qui résonna dans tout le pays, elle finit par s’y réduire en déclarant: «En Caroline du Sud, nous honorons la tradition, l’histoire, l’héritage. Mais ce drapeau (confédéré) doit trouver une nouvelle place, à savoir dans un musée où nous nous assurerons que des gens l’honoreront de façon adéquate.»

Retirer les symboles confédérés

Dans un éloge funèbre qu’il prononça à Charleston en 2015, Barack Obama avait prononcé des mots très puissants sur la question, relevant que le drapeau rappelle une «oppression systémique et un assujettissement racial». Le président afro-américain avait ajouté: retirer le drapeau du Capitole «ne serait pas un acte politiquement correct, ni une insulte au courage des soldats confédérés, ce serait simplement reconnaître que la cause pour laquelle ils ont combattu – l’esclavage – était erronée».

Depuis, les tensions entre les tenants des symboles confédérés et leurs opposants demeurent très vives. Mais dans plusieurs villes de Floride, du Kentucky et d’autres Etats du Sud et même du Nord, les autorités appellent à les ôter. A la Nouvelle Orléans, le maire Mitch Landrieu a enlevé en mai les quatre principales statues confédérées de la ville.

En Caroline du Nord, les écoles du comté d’Orange viennent de dévoiler lundi un nouveau code vestimentaire. Elles interdisent désormais le port d’habits montrant un drapeau confédéré, des swastikas ou tout symbole lié au Ku Klux Klan. Les résistances ne sont toutefois pas rares. Les habitants de l’État du Mississippi refusent toujours de modifier le drapeau de leur Etat qui contient le symbole des Confédérés.

Une blessure permanente

Dans un débat qui reste extrêmement houleux, les autorités s’interrogent: jusqu’où éradiquer le passé pour favoriser la cohésion au sein de la population américaine?

En 2014, Joanne Bland, qui participa à la marche pour le droit de vote de Selma en 1965, se confiait au Temps. Devant le buste volé du lieutenant général des armées confédérées et premier grand sorcier du KKK Nathan Bedford Forrest, dans un cimetière de la banlieue de cette ville de l’Alabama, cette femme noire le soulignait:

«Eriger une telle statue ici, dans une ville où 80% des habitants sont Noirs, c’est comme mettre une statue d’une figure nazie en Allemagne.» Aujourd’hui, le buste a été retrouvé et trône toujours dans le cimetière de Old Live Oak. Une grave provocation et une blessure permanente.

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