La chancelière allemande accusée de crimes contre son peuple et une pléiade de slogans contre les réfugiés : le mouvement allemand islamophobe Pegida rassemble de nouveau en nombre à Dresde contre la politique d'accueil de migrants d'Angela Merkel.

Quand lundi en fin d'après-midi les sympathisants du mouvement ont commencé à se rassembler, au centre de la Neumarkt, la principale place touristique de cette ville de l'est de l'Allemagne, les touristes ont vu avec étonnement leur banderole dénonçant "l'islamisation de l'Europe". 

Loin des scènes de liesse en septembre dans les gares allemandes lorsque des centaines de volontaires accueillaient les migrants auxquels Mme Merkel a ouvert la porte, les milliers de manifestants réunis lundi à Dresde laissaient éclater leur haine sur diverses pancartes.

"La trahison est passible de sanctions pénales", "Résistance contre la destruction de notre pays par Merkel et compagnie" ou encore "Coupable ! Merkel commet un ethnocide du peuple allemand" : la chancelière allemande, dont le pays s'attend à accueillir entre 800.000 et un million de demandeurs d'asile cette année, était la cible de nombreuses attaques.

"Merkel doit partir !", scandaient les manifestants à gorge déployée.

Regain d'affluence

Depuis quelques semaines, les manifestations hebdomadaires de Pegida -acronyme de "Patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident"- connaissent un regain de succès. Lundi, ils étaient plusieurs milliers, et la semaine passée la presse allemande avait parlé de 7.000 à 10.000 personnes.

Si l'on est encore loin de l'afflux record de janvier avec 25.000 personnes, la courbe repart à la hausse après des mois de disette provoquée notamment par les frasques du fondateur de Pegida, Lutz Bachmann, inculpé vendredi d'incitation à la haine et dont l'image avait été écornée lorsque la presse avait publié une photo de lui grimé en Adolf Hitler.

Et la crise des réfugiés est au coeur de ce regain de popularité. Les quelques manifestants acceptant de parler à la presse, une autre cible favorite de Pegida, ont ainsi déversé leur fiel sur l'islam et les migrants.

 "Les Musulmans doivent quitter l'Allemagne, sauf les réfugiés de guerre, mais il n'y en a pas beaucoup", affirme Uwe Friedrich, 46 ans qui défile dans les rangs de Pegida depuis le début du mouvement en octobre 2014.

"Je ne suis pas de droite, mais j'ai peur", raconte quant à lui Frank, 59 ans. "J'ai peur de l'islamisation, je pense à mes enfants, à mes petits-enfants".

Une femme, qui préfère s'exprimer sous le couvert de l'anonymat, juge pour sa part que les hommes fuyant la guerre en Syrie feraient mieux d'y rester se battre.

"Arrêter l'invasion"

"Quand des jeunes en bonne santé fuient un territoire en guerre pour s'installer dans un autre pays, on appelle ça des déserteurs, pas des réfugiés", dit-elle.

Partout, les pancartes hostiles à l'islam et aux migrants fleurissent : "L'islam, c'est la soumission !", "Arrêter l'invasion maintenant !" ou encore "Ne donnez aucune chance à l'islam !".

Le gouvernement allemand a de son côté à maintes reprises dénoncé les discours haineux et les attaques contre les foyers de réfugiés qui se sont multipliés ces derniers mois, notamment en ex-Allemagne de l'Est, bastion de plusieurs groupes d'extrême droite.

Lutz Bachmann s'est montré moins agressif qu'à son habitude lundi à Dresde, estimant surtout dans son discours que la politique du gouvernement était vouée à l'échec.

"Ca ne s'arrêtera pas à un million et demi ou deux millions. Ils vont faire venir leurs femmes, et un, deux ou trois enfants", a-t-il lancé, reprenant des chiffres publiés lundi par le journal populaire Bild citant un document confidentiel des autorités. "C'est une mission impossible d'intégrer ces gens", a-t-il estimé. 

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