Europe

La droite européenne place Viktor Orban sous surveillance

Le premier ministre hongrois a écopé mercredi d’une mesure de suspension du Parti populaire européen. Sa formation, le Fidesz, n’est pas exclue mais sera privée temporairement du droit de vote et devra cesser le dénigrement systématique de l’UE. Une «sanction» avec laquelle le Hongrois peut vivre, au moins jusqu’aux élections européennes de mai

Le premier ministre hongrois, Viktor Orban, se sera battu, son entourage ayant même fait planer un temps la menace d’un départ volontaire du Parti populaire européen (PPE). Mais la parade n’a pas fonctionné. Même s’il a d’abord contesté le texte sur la table puis réussi à en modifier la formulation pour s’y donner un rôle positif, il n’a pas pu renverser la donne: 190 délégués contre 3 ont voté mercredi pour suspendre son parti avec effet immédiat et jusqu’à nouvel ordre.

Une «bonne décision», a jugé peu après le principal intéressé. Pour lui, l’«unité» de la famille est préservée avec cette action prise «conjointement», et le PPE a montré qu’il ne voulait pas «se séparer» de lui. Viktor Orban pourra aussi continuer à défendre le respect des valeurs chrétiennes et continuer à lutter contre l’immigration irrégulière, la résolution votée ne portant pas sur ces thématiques.

Clarifier le statut de l'université fondée par George Soros

Viktor Orban n’est certes pas exclu du parti – un scénario que personne n’envisageait la veille du vote – mais il est sanctionné, ce qui peut être vécu comme une humiliation. Concrètement, le Fidesz va perdre son droit de vote, ne pourra pas proposer de candidats à certains postes ni assister aux réunions du parti. Et cela probablement jusqu’après les élections européennes.

Viktor Orban et son parti devront donc, dans les prochaines semaines, cesser toute campagne d’affichage agressive contre la Commission ou son président, Jean-Claude Juncker – et cesser les campagnes plus générales de dénigrement systématique de l’UE. Mais le Hongrois devra aussi clarifier le statut de l’Université d’Europe centrale à Budapest, qui a dû déplacer certains de ses cursus à Vienne après le refus d’autoriser le fonctionnement normal de l’établissement fondé par George Soros.

Sous la surveillance d’un «comité des sages»

Autre volet de la décision: la formation hongroise sera soumise à l’évaluation – et au rapport – d’un «comité des sages» chargé de vérifier le respect de ces critères et l’état plus général des libertés fondamentales dans le pays. Trois hommes feront office de grands sages, dont l’ancien président du Conseil européen Herman Van Rompuy, l’ancien président du Parlement européen Hans-Gert Pöttering et l’ancien chancelier autrichien Wolfgang Schüssel – qui avait lui-même fait les frais d’une suspension pour s’être acoquiné dans les années 2000 avec le FPÖ de Jörg Haider.

Trop c’est trop, semblent donc désormais penser une majorité de membres du PPE, à commencer par la cheffe de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer, qui aurait haussé le ton contre lui pendant la réunion. Les Républicains français ont aussi été en mesure de soutenir cette décision car elle ne conteste pas la politique migratoire menée par le Hongrois. Le parti français est également satisfait que le Hongrois, même suspendu temporairement, reste «dans la famille».

La possibilité d’une exclusion est-elle donc définitivement abandonnée? Pour le candidat à la succession de Jean-Claude Juncker, l’Allemand Manfred Weber – qui devait donner des gages aux autres formations politiques européennes dont il pourrait avoir besoin après les élections –, l’«exclusion reste toujours sur la table». Le dirigeant hongrois l’a lui aussi reconnu: même s’il s’est engagé à faire campagne pour le candidat allemand, il a dit dans le même temps que la question de l’affiliation au PPE se reposerait au Fidesz, mais «pas avant les élections européennes».

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