Alain Juppé est donc resté «droit dans ses bottes». Lundi, le maire de Bordeaux n’a pas lancé le putsch anti-Fillon que ses partisans réclamaient, excédés par la fuite en avant populiste du vainqueur de la primaire de la droite. L’ancien premier ministre de Jacques Chirac a tiré définitivement le rideau. «C’est trop tard. Je ne serai pas candidat à la présidence de la République», a-t-il expliqué en dénonçant «l’obstination» du candidat et son offensive contre les juges qui l’ont convoqué le 15 mars «aux fins de mise en examen». Oublié, le plan B. Place au plan C comme «coupables»: «Tout le monde en a pris pour son grade, confirme un membre du premier cercle juppéiste. Pour le gaulliste qu’il est, ce spectacle est indigne.»

On savait la droite française désorientée par le comportement tantôt jusqu’au-boutiste, tantôt rassurant de François Fillon depuis le déclenchement de l’affaire des présumés emplois fictifs de son épouse Penelope et de deux de leurs enfants. L’intervention d’Alain Juppé, prononcée lundi matin, quelques heures avant la réunion du bureau politique du parti Les Républicains, a confirmé qu’elle est déboussolée. Au sens strict. Fillon le candidat va se maintenir dans la course à l’Elysée. Il tiendra ce mardi un meeting à Orléans, puis se préparera aux trois prochaines échéances: sa convocation par les magistrats le 15, la présentation officielle de sa candidature au Conseil constitutionnel le 17, puis le premier débat télévisé organisé avant le premier tour, le 20 mars. Mais, empêtré dans le «Penelopegate», Fillon divise. Les quelque 250 élus qui l’ont quitté ne reviendront pas.

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Un bilan désastreux

Le pire est que le naturel est revenu hier au galop rue de Vaugirard, le QG des Républicains. La primaire de novembre 2016 avait été organisée, à la demande initiale de François Fillon, pour imposer un candidat à la présidentielle et lui assurer une légitimité suffisante pour échapper aux barons du parti. Il s’agissait, ni plus ni moins, d’empêcher une bataille électoralement mortifère entre l’ancien président Nicolas Sarkozy (favori de l’appareil), Alain Juppé (favori des sondages et capable de rassembler au-delà de son camp) et lui-même (favori des électeurs de droite hors parti). Quatre mois après, le bilan est désastreux. Seul subsiste de cette primaire, et ce n’est pas rien, le «trésor de guerre» d’environ 15 millions d’euros, immédiatement reversé au microparti Force républicaine, sur lequel s’appuie la campagne du candidat. L’opération politique a accouché d’une collecte de fonds…

Une réunion au sommet

La preuve que rien n’est réglé au sein de la droite française a été fournie par les sarkozystes. Les partisans de l’ancien président avaient été les plus blessés, en novembre dernier, par la défaite de leur champion, arrivé en troisième position au premier tour avec seulement 20% des suffrages. Ils se battent désormais pour ligoter le candidat Fillon et l’obliger à passer sous leurs fourches caudines. Lundi, le mot d’ordre sarkozyste était d’obliger Fillon à se choisir un colistier ou un «successeur». Le nom de François Baroin circule. Drôle de formule alors que l’élection présidentielle, en France, porte sur un homme et non sur un ticket.

Pour éviter que le spectacle vire au pugilat, une réunion au sommet pourrait avoir lieu, ce mardi, entre Fillon, Juppé et Sarkozy. Mais avec quel impact? François Fillon, qui a de nouveau reconnu des erreurs devant son parti et regretté d’avoir «trop dramatisé» après sa convocation judiciaire, reste le seul maître à bord. Assuré de sortir grand vainqueur s’il se qualifie pour le second tour, seul contre tous, le 23 avril. Ou d’être, dans le cas contraire, le fossoyeur d’une droite à qui le quinquennat de François Hollande avait pourtant ouvert tout grand les portes de l’alternance et de l’Elysée.