Israël

La droite religieuse fête sa victoire à Jérusalem

Des rues de la vieille ville à la Knesset, intégristes juifs et évangéliques américains ont bruyamment manifesté leur triomphe commun, grâce à l’appui de Donald Trump. Le déménagement de l'ambassade américaine a lieu ce lundi

Des chants et des «amen», des larmes de joie et des discours enflammés: à l’intérieur et autour du parlement, l’heure était dimanche à la joie pour la droite religieuse israélienne. Une joie qui s’est d’abord fait entendre dans une salle de la Knesset où se sont réunis, le matin, près de 200 juifs israéliens et évangéliques américains venus célébrer l’ouverture de l’ambassade des Etats-Unis.

Le thème de la matinée? «La gouvernance selon la Bible». En réalité, il a beaucoup été question des relations entre juifs et chrétiens. L’Etat hébreu a toujours été méfiant envers les évangéliques, soupçonnés de velléités missionnaires sous couvert de vouloir aider les Israélites à émigrer en Israël. Et sa défiance s’est parfois révélée justifiée. En 2015, la républicaine ultra-conservatrice Michele Bachmann, candidate aux primaires trois ans plus tôt, avait ainsi appelé à intensifier les efforts pour christianiser les juifs, au micro d’une radio américaine.

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Dimanche, elle a fait son mea culpa. «Je vous demande pardon pour mon arrogance, qui était le fruit de l’ignorance», a-t-elle argumenté, des trémolos dans la voix. Montrer patte blanche, le pasteur évangélique californien Jim Garlow, très proche de Donald Trump, s’y est aussi employé. «Les juifs sont l’incarnation vivante de la parole de Dieu, c’est eux qu’Il a désignés comme son peuple. Nous, les chrétiens, n’existerions pas sans eux», soutient-il avec émotion, applaudi chaleureusement par le public.

Une lecture littérale de la Bible

Mais pourquoi les évangéliques américains soutiennent-ils Israël à ce point? Pour le comprendre, il faut découvrir leur lecture littérale de la Bible, selon laquelle les juifs étant le peuple élu de Dieu, ce n’est qu’en les soutenant dans leur volonté de régner sur l’Israël biblique que l’on peut plaire au Tout-Puissant. «Notre lecture de la Bible est simple, parce que nous sommes simples comme Dieu l’a commandé en nous disant: venez à moi avec un cœur d’enfant», soutient Michele Bachmann avec un large sourire.

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Ce soutien est aussi dû à la conviction qu’ainsi les Américains s’attirent de fructueuses bénédictions du Ciel. «En 1948, nous avons été les deuxièmes après les Britanniques à reconnaître Israël. Voyez comment l’Amérique est devenue prospère et forte!» affirme la républicaine, certaine que Donald Trump apportera de nombreux bienfaits divins à son pays. Et les Palestiniens? Et le droit international? Lorsqu’on lui pose la question, Jim Garlow rétorque aimablement: «Tous les peuples ont été créés à l’image de Dieu, les Palestiniens aussi, mais le peuple élu, ce sont les Juifs. Ils doivent être souverains à Jérusalem!»

Emprise israélienne sur les quartiers palestiniens

Du vœu à la réalité, il n’y a parfois que quelques pas. Du côté est de la ville, l’emprise des Israéliens sur les quartiers où habitent les Palestiniens saute aux yeux. Tous les 13 mai, les religieux sionistes fêtent la «Journée de Jérusalem», qui marque la conquête de la ville, il y a maintenant 51 ans, suite à la guerre des Six-Jours de juin 1967. La «Marche du Drapeau» réunit alors des milliers de jeunes de tout Israël.

Chantant, dansant, des dizaines de milliers de personnes portant de larges kippas, des foulards et des longues jupes ont investi bruyamment dimanche les ruelles palestiniennes de la porte de Damas jusqu’au mur des Lamentations, brandissant des centaines de drapeaux bleus étoilés sur fond blanc. Craignant des violences, les commerçants palestiniens ont majoritairement fermé boutique tandis que s’observait une présence militaire et policière spectaculaire dans la ville. Un hélicoptère survolait en permanence la ville d’où émanaient dimanche soir les mélopées entraînantes d’un concert devant le mur des Lamentations.

Nous ne nous reconnaissons pas du tout dans cette démonstration de nationalisme religieux

David Goodman, étudiant dans une école rabbinique de Jérusalem

Plus tôt dans la journée, des affrontements violents ont éclaté entre l’autorité religieuse musulmane de Jérusalem et la police israélienne à l’entrée de l’Esplanade du temple à Jérusalem, lorsque des centaines de Juifs ont été autorisées à visiter les lieux. Des Palestiniens ont également été arrêtés après des heurts avec des manifestants à la porte de Damas.

Des voix critiques

La «Journée de Jérusalem» ne fait pas l’unanimité, loin de là. «Nous ne nous reconnaissons pas du tout dans cette démonstration de nationalisme religieux», affirme David Goodman, qui étudie dans une école rabbinique de Jérusalem. Avec d’autres, il organise depuis trois ans un événement célébrant la diversité et la richesse religieuse de Jérusalem: le Jour de la Diversité, qui réunit des centaines de participants autour de prières, d’art et de symposiums.

L’atmosphère tendue qui règne à Jérusalem ne prendra pas fin à la tombée du jour. Lundi, l’inauguration de l’ambassade des Etats-Unis dans le quartier d’Arnona agitera encore la Ville sainte. «Dans le nom Jérusalem, on trouve le terme salem, soit la paix», rappelait dimanche matin Yehuda Glick, membre du parlement israélien. Une étymologie qui, une fois de plus, résonne comme un vœu pieux.

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