Les résultats des élections législatives anticipées qui se sont déroulées ce dimanche 7 juillet en Grèce sont sans appel. Nouvelle Démocratie (ND), le principal parti de droite mené par Kyriakos Mitsotakis, a raflé la majorité absolue des sièges à la Vouli, le parlement grec. Selon les estimations de mi-soirée, il a obtenu environ 40% des suffrages exprimés, soit de 155 à 162 sièges grâce à la prime des 50 sièges attribués d’office au parti arrivé en tête.

Lire aussi: Les Grecs poussent Syriza vers la sortie

Alexis Tsipras, premier ministre issu de Syriza, la gauche grecque, a donc perdu le pari qu’il a régulièrement effectué depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2015: remettre sa majorité en jeu. Il l’avait lancé cette fois le 26 mai au soir quand étaient tombés les résultats des élections municipales, régionales et européennes. Les électeurs avaient alors infligé une sanction à Syriza à tous les niveaux. Ils ont confirmé dimanche leur rejet en ne lui accordant que 32% des voix.

Il s’ensuit une polarisation marquée du paysage politique grec entre ND et Syriza. Kinal, la coalition du centre fondée sur les décombres du parti social-démocrate Pasok, est créditée de 6 à 8% des voix. Le très dogmatique parti communiste grec KKE obtient entre 5 et 7%. MeRA25, le parti de Yanis Varoufakis, l’ex-ministre des Finances, devrait faire son entrée à la Vouli grâce à un capital de 3 à 5% des suffrages. Et le parti d’extrême droite Solution grecque, fort de 3,8% des suffrages, bénéficiera d’une dizaine de sièges. En revanche, les néonazis d’Aube dorée (actuellement en procès) ne sont pas reconduits au parlement.

Notre éditorial: En Grèce, l’alternance ne doit pas être aveugle

Dès ce lundi, Kyriakos Mitsotakis, le chef de file de Nouvelle Démocratie, se rendra chez le président de la République et deviendra, officiellement, le premier ministre. Il remplacera celui qui avait fait campagne, en 2015, sur le rejet de «l’ancien système», une notion qui renvoyait à la domination exercée par deux partis sur la vie politique grecque depuis la chute de la dictature des colonels en 1974 et à la responsabilité de ces formations dans la crise que subit la Grèce depuis 2010. Et pour cause: cet ancien système était caractérisé par le clientélisme, une corruption d’Etat – différents ex-ministres ont été inculpés pour avoir trempé dans des affaires d’enrichissement personnel – et une forte imbrication entre médias, politique et grands groupes financiers.

Ironie de l’histoire: Kyriakos Mitsotakis est le descendant d’une des principales dynasties de la politique grecque. Trois familles se sont partagé le pouvoir en Grèce depuis la chute des colonels: du côté de Nouvelle Démocratie, les familles Mitsotakis (Konstantinos Mitsotakis, le père de Kyriakos, a été premier ministre de 1990 à 1993) et Karamanlis; du côté du Pasok, la famille Papandreou.

La saga familiale

Pendant toute sa campagne, Kyriakos Mitsotakis, surnommé «Koulis», a essayé de gommer cette image de «fils de» et s’est fait appeler par son prénom uniquement. Le 2 juillet, tous les paradoxes de la vie politique grecque étaient toutefois résumés en une interview: celle du premier ministre Alexis Tsipras à Skaï. Pendant deux heures, sur cette chaîne détenue par le businessman Yannis Alafouzos, il a répondu à deux journalistes offensifs. L’une, Sia Kossioni, n’est autre que l’épouse de Kostas Bakoyiannis, nouveau maire d’Athènes et neveu de Kyriakos Mitsotakis.

Derrière la saga familiale persiste une tradition idéologique: le libéralisme économique. Premier ministre, Konstantinos Mitsotakis a réduit les dépenses publiques et privatisé. Député depuis 2004, leader de ND depuis 2016, son fils Kyriakos a été ministre de la Réforme administrative de 2013 à 2015, au sein d’un gouvernement qui a fermé par décret le groupe de radiotélévision publique ERT et qui a taillé dans la fonction publique, licenciant des fonctionnaires. Sur le papier, il promet aujourd’hui des baisses d’impôts, notamment pour la classe moyenne; cependant, il reste vague sur ce qu’il compte faire pour compenser cette baisse des recettes de l’Etat.

Budget, assurance retraite et immigration

L’enjeu est de taille. Si la Grèce est sortie de la tutelle de Bruxelles en août 2018, elle reste sous surveillance et doit dégager d’importants excédents budgétaires, à hauteur de 3,5% par année. Il lui faudra donc couper dans certains postes budgétaires pour respecter ses obligations. Kyriakos Mitsotakis prépare une réforme de l’assurance retraite aux allures de privatisation. Il veut ainsi renforcer la part des retraites liée à la capitalisation. Autre sujet sur lequel ce cinquantenaire à l’allure sportive a multiplié les déclarations: l’immigration. Il veut décongestionner les îles grecques des migrants qui s’y trouvent. Et ce «dans la bonne direction géographique, vers la Turquie et pas la Grèce continentale», dit-il.

Lire également: Dix ans après la crise grecque, la fracture de la zone euro reste sociale

Longtemps contesté dans son parti, le vainqueur de dimanche doit désormais gérer le pays. Mais il est sous triple surveillance: de son opposition interne dans ND, de Syriza et de Bruxelles.