La diffusion des résultats définitifs des élections législatives en Colombie a pris du retard, en raison de «graves» problèmes de transmission des résultats, a admis dimanche soir le directeur de l’organisme chargé de l’organisation du scrutin, selon Carlos Ariel Sanchez, directeur du bureau de recensement électoral, qui avait confié à une entreprise de télécommunications la transmission des résultats.

Les autorités électorales avaient auparavant promis des résultats pour 22H00 (03H00 GMT) soit six heures après la fermeture des bureaux de vote.

Les difficultés de transmissions concernent en particulier les résultats pour la chambre des représentants, au sujet desquels M. Sanchez a indiqué ne pas savoir quand ils seraient diffusés.

Résultats encore partiels

Il n’empêche, les Colombiens ont renouvelé dimanche leur confiance à la droite qui dominait jusque-là le Congrès, selon des résultats donc encore partiels publiés lundi, en dépit de son image ternie par les liens présumés entre plus de 80 élus et les milices paramilitaires.

Selon des résultats portant sur 81,75% des suffrages exprimés pour le Sénat et 29% pour la Chambre des représentants, le Parti social d’union nationale (Partido de la U, droite), fondé en 2006 pour favoriser la réélection du président Alvaro Uribe, obtient 24,75% au Sénat et 29,20% à la chambre basse.

Si ce résultat se confirmait, il dépasserait largement le score de 2006 (16,7%), au point que le candidat de cette formation pour la présidentielle, Juan-Manuel Santos, a considéré que son mouvement était devenu «la plus grande force politique de la nation».

Autre formation de la coalition, le Parti conservateur, obtient 21,69% au Sénat et le Parti d’intégration nationale (PIN), également dans la majorité gouvernementale et dénoncé par les observateurs électoraux pour les liens de certains de ses candidats avec d’anciens paramilitaires, 7,9% à la chambre haute.

Quelque 29,8 millions d’électeurs sur 46 millions d’habitants étaient appelés à élire 102 sénateurs, 166 députés et cinq représentants au Parlement des pays andins.

Les accusations de l’OEA

«L’aspect le plus délicat […] n’a pas été la violence mais l’achat de voix», a déclaré à l’AFP le chef de la mission d’observation électorale de l’OEA, Enrique Correa, jugeant «inquiétantes» ces informations. A Magangué, département de Bolivar (nord), les voix se payaient au sein même du bureau de vote, a-t-il rapporté.

La Mission d’observation électorale colombienne a également dénoncé «l’achat massif de suffrages», selon un de ses responsables, Pedro Santana.

Les départements le plus touchés, a-t-il précisé, se situent dans le nord-ouest du pays, là où les milices paramilitaires d’extrême droite avaient le plus d’influence avant leur dissolution entre 2003 et 2006.

L

e poids des narcos

Le vote sous la menace s’est transformé «en vente massive de voix, financée par le narcotrafic», a assuré Pedro Santana à l’AFP, en estimant que les auteurs de ces irrégularités agissaient pour le compte d’anciens paramilitaires.

La guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes) n’a en revanche pas pu perturber le scrutin, selon la police qui a assuré qu’il s’agissait de l’élection la plus «tranquille» des 25 dernières années.

Le Congrès sortant était dominé par une coalition de droite (72 sénateurs et 103 députés) dont l’image a été ternie par les liens entre paramilitaires et au moins 83 élus, pour la plupart appartenant à la majorité qui a porté l’actuel président Alvaro Uribe au pouvoir.

Ces élus sont toujours visés par des enquêtes judiciaires pour les accords passés en particulier avec les Autodéfenses unies de Colombie (AUC, démobilisées entre 2003 et 2006).

Les candidats obtenaient le soutien de paramilitaires qui, dans leur zone d’influence, imposaient l’élu de leur choix, y compris par la force, pour s’assurer plus tard le contrôle du territoire visé.

Le 30 mai, les Colombiens voteront pour le premier tour de la présidentielle.