Ce n’est pas le «grand chelem» espéré par la gauche, mais cela y ressemble beaucoup. Le Parti socialiste et ses alliés, écologistes et communistes, ont remporté dimanche 20 des 22 régions de France métropolitaine. Seule l’Alsace a reconduit la majorité de droite sortante, à l’issue du second tour des élections régionales. Le parti présidentiel UMP remporte aussi l’île de la Réunion, mais perd la Corse.

Résultat historique

Ailleurs, si l’on excepte le Languedoc-Roussillon, qui a réélu le socialiste dissident Georges Frêche, la domination du PS est sans partage. Au niveau national, la gauche obtient 54% des suffrages, un résultat historique. La droite recueille 36% et le Front national – présent dans seulement 12 régions – 8,7% des voix. Le parti d’extrême droite confirme sa résurrection, de façon spectaculaire dans le Nord-Pas-de-Calais et en Provence-Alpes-Côte d’Azur, où Marine Le Pen et son père Jean-Marie obtiennent respectivement 22,8% et 24,9% des voix.

Les nombreux ministres en lice ont mordu la poussière, sur des scores parfois écrasants. Ainsi, Ségolène Royal a été réélue à la présidence du Poitou-Charentes avec 61% des voix, contre 39% au secrétaire d’Etat aux transports Dominique Bussereau. Son résultat est le meilleur de tous les candidats socialistes, selon les estimations disponibles dimanche à 21h. Il devrait lui permettre de faire son retour sur la scène nationale, dont elle s’était tenue à l’écart ces derniers mois.

Le premier ministre François Fillon, qui a conduit la campagne de la droite, a admis sa «déception»: «Nous n’avons pas su convaincre», a-t-il déclaré en promettant d’«analyser lucidement» cet échec. Sa position de chef de gouvernement ne semble pas menacée, le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, ayant annoncé samedi «un remaniement modeste, technique, parce que de petits ajustements méritent d’être faits».

Un parti centriste convaincant

Mais plus que le gouvernement, c’est l’organisation de la majorité, et sa capacité de remporter des élections à deux tours, comme les régionales et la présidentielle, qui est désormais mise en doute. La constellation de petits partis supplétifs (chasseurs, souverainistes, transfuges socialistes) assemblés à l’occasion des régionales a échoué. Ces derniers jours, des voix se sont élevées pour reconstituer, à côté de l’UMP, un parti centriste convaincant. Le populaire ministre de l’Environnement, Jean-Louis Borloo, a reconnu dans le Figaro avoir déjà reçu «des dizaines de coups de fil» à ce sujet.

Pour le Parti socialiste et sa dirigeante Martine Aubry, le défi sera d’utiliser la dynamique de la victoire pour préparer la présidentielle. En plus d’éviter ses traditionnels déchirements, le PS devra montrer qu’il peut être autre chose que «le parti de la gestion locale de la redistribution», selon la formule du philosophe Marcel Gauchet.

Quant à Nicolas Sarkozy, il compte sur la sortie de la crise économique pour améliorer ses perspectives de réélection. Mais «il y a toujours un décalage de six ou sept mois entre une reprise et sa perception par les Français, avertit Brice Teinturier, de l’institut de sondages TNS-Sofres. Il faut qu’elle se déclenche suffisamment tôt pour qu’ils l’intègrent.»

Selon lui, les enseignements des régionales pour la compétition présidentielle sont limités: «Le pays est mécontent, et la droite est à un niveau historiquement faible. Mais en 2012, la question décisive sera différente: qui sera l’adversaire [de Nicolas Sarkozy]? Car une présidentielle se joue sur la crédibilité comparée des candidats.»