«Un film, un sujet, un débat»: l'an dernier, la formule du Festival du film sur les droits humains (FIFDH) qui ouvre aujourd'hui à Genève sa troisième édition avait connu un réel succès populaire. Les soirées consacrées aux violations des droits de l'homme au Rwanda ou en Irak avaient dû refuser du monde. L'ambition, cette année, est donc de faire aussi bien pour Léo Kanemann, directeur de la manifestation. Avec un leitmotiv: jouer le rôle de «tribune libre alternative», face à la session annuelle de la Commission des droits de l'homme des Nations unies qui démarrera lundi 14 mars. «Les images de nos documentaires et les témoignages de nos invités sont les meilleurs moyens de lutter contre la raison d'Etat qui paralyse les débats au Palais des Nations», explique-t-il. Le lien entre les deux événements est d'ailleurs patent. C'est à la haut-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU Louise Arbour que reviendra la charge d'ouvrir ce soir le festival, aux côtés de la présidente du jury, l'avocate iranienne Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix 2003.

Sur le papier, la liste des sujets abordés jusqu'au 19 mars ressemble à un inventaire des souffrances de la planète. Aux débats d'actualité comme «Terrorisme et politiques sécuritaires» ou «Israël-Palestine: un espoir de paix», – autour de la présentation en première du film «L'Accord» consacré à la genèse de l'«Initiative de Genève» – s'ajouteront des rencontres plus thématiques: «Pauvreté et répartition des richesses», «Homosexualité et répression d'Etat» ou «Privatisation de l'eau». Un programme destiné à donner des droits humains la définition la plus large possible: «La présence des films nous plonge dans la réalité, poursuit Léo Kanemann. C'est un excellent moyen de faire comprendre la problématique. Mis en confiance, les spectateurs posent ensuite beaucoup de questions lors des débats.». La nouveauté de cette édition 2005 sera toutefois la présentation, samedi 12 mars, de l'organisation «Bridge Initiative International» créée voici deux ans par le réalisateur français Patrice Barrat pour constituer un pont entre l'ONU, les institutions financières internationales et les mouvements altermondialistes. Manière, pour ce festival-tribune, de servir aussi de plate-forme et de boîte à idées.

L'un des moments forts du FIFDH sera, le 14 mars, le débat sur «Médias et conflits» qui abordera largement la question des reporters pris en otage sur les théâtres d'opérations militaires. Aux côtés de Christian Chesnot, collaborateur de Radio France et de la Tribune de Genève libéré fin décembre, se trouveront le producteur de télévision Hervé Chabalier, le directeur adjoint de la rédaction de Libération Patrick Sabatier et le fondateur de Reporters sans frontières Robert Ménard. Une manifestation de soutien à Florence Aubenas, journaliste de «Libé» détenue en Irak depuis le 5 janvier aura lieu dans l'après-midi en présence de Mélanie Bétancourt, l'une des filles d'Ingrid Bétancourt, l'ex candidate à la présidentielle en Colombie, kidnappée voici trois ans.