États-Unis

La drôle de croisade des Bush contre Donald Trump

Dans «The Last Republicans», les deux anciens présidents, père et fils, n’épargnent pas Donald Trump. Pour George W. Bush, il s’agit aussi de tenter de redorer un peu son blason. Il espère pouvoir se débarrasser du titre de «pire président des Etats-Unis»

Bush père a voté Hillary Clinton. Bush fils a préféré voter blanc. Mais tous deux critiquent Donald Trump avec la même férocité. George W. Bush, 43e président des Etats-Unis (2001-2009), alors que son père affiche le numéro 41 (1989-1993), a été jusqu’à se qualifier lui-même de «dernier président républicain». Une attaque acerbe contre l’actuel occupant de la Maison-Blanche qui, pour lui, «ne sait même pas ce que c’est que d’être président».

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Tout ce que les Bush abhorrent

Ces critiques, père et fils, 93 et 71 ans, les mettent en exergue dans un livre à paraître le 14 novembre. CNN en a déjà publié quelques extraits. Dans «The Last Republicans», rédigé par l’historien Mark Updegrove, les deux anciens présidents républicains se confient, en cherchant visiblement à oublier les tumultes et relations parfois orageuses qui les liaient par le passé.

Je ne l’aime pas. Je ne sais pas grand-chose de lui, mais ce que je sais, c’est que c’est un vantard

George H. W. Bush, à propos de Donald Trump

Pour Mark Updegrove, Donald Trump représente tout ce que les Bush abhorrent. Ils craignent que ses tendances destructrices ne finissent par atteindre le Parti républicain qu’ils estiment avoir contribué à construire. George H. W. Bush qualifie Donald Trump de «vantard», et lui prêtait déjà un penchant narcissique quand il était candidat. En mai 2016, il déclarait à l’historien: «Je ne l’aime pas. Je ne sais pas grand-chose de lui, mais ce que je sais, c’est que c’est un vantard. Et je ne suis pas très enthousiaste à l’idée qu’il devienne un leader.»

Son fils, dont le livre n’élude pas la présidence controversée, affiche un même scepticisme sur les capacités de Donald Trump, qu’il ne voyait pas élu. Il profite aussi de l’ouvrage pour tenter de se refaire une virginité. Il assure par exemple qu’il n’était pas la marionnette de son vice-président, Dick Cheney, et de Donald Rumsfeld, secrétaire à la Défense, lorsque la décision d’envahir l’Irak a été prise, en 2003. Il le dit en des termes peu diplomatiques, assurant que les deux hommes n’ont jamais pris la moindre «fucking decision».

Un communiqué commun

La famille Bush n’a pas attendu la sortie du livre pour se désolidariser du président républicain. La plupart des entretiens avec Mark Updegrove remontent à plus d’un an, en pleine campagne électorale, et Bush père et fils se sont depuis tous deux, à différentes occasions, érigés contre le président sans toutefois le nommer. Après les émeutes de Charlottesville par exemple, en pleine polémique déclenchée par Donald Trump, qui a placé extrémistes de droite et militants antiracistes sur un même plan malgré un drame mortel, ils se sont fendus d’un communiqué commun. Ils y relèvent l’importance de rejeter le racisme, l’antisémitisme et la haine sous toutes leurs formes.

Le 19 octobre, lors d’une conférence organisée à New York, George W. Bush a dénoncé le retour des idées isolationnistes. Une fois encore sans jamais citer le nom de Trump. Mais l’intention y était. «Nos débats se détériorent à l’aune d’une cruauté nonchalante», a-t-il notamment souligné. «L’intolérance semble se propager. Nos débats politiques paraissent plus vulnérables aux théories du complot et aux manipulations.» George W. Bush a encore rappelé que «le nationalisme s’était dénaturé en nativisme» et affirme: «Nous avons oublié le dynamisme que l’immigration a toujours apporté à l’Amérique.»

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«Le pouvoir est très addictif et corrosif»

A en croire le New York Magazine, il aurait aussi, le jour de la cérémonie d’investiture de Donald Trump, à laquelle il assistait, marmonné que son discours était «vraiment bizarre». Par la suite, alors que l’actuel président des Etats-Unis affiche sa détestation des médias, qu’il qualifie régulièrement de «fake news», George W. Bush a allumé un contre-feu en se lançant dans de vibrants plaidoyers pour défendre la liberté de la presse. En février, il déclarait à la NBC: «J’estime que les médias sont indispensables à la démocratie. Ils sont indispensables pour que des gens comme moi aient à rendre des comptes. Le pouvoir peut être très addictif et corrosif, et il est très important que les médias demandent des comptes à ceux qui abusent du pouvoir.» C’était à l’occasion de la sortie de son livre d’écrits et de peintures sur les vétérans.

George Bush père avait lui déjà refusé, en 1992, d’avoir le milliardaire new-yorkais comme colistier. Son autre fils, Jeb, a l’an dernier fait campagne aux primaires en cherchant à s’imposer comme candidat anti-Trump par excellence. D’autres anciens présidents sont sortis de leur réserve, alors qu’ils ont habituellement pour règle de ne pas critiquer leurs successeurs. C’est notamment le cas de Barack Obama.

Savoir rire de soi-même

Avant même sa parution, le livre de Mark Updegrove a déjà provoqué une réaction de la Maison-Blanche. «Si un seul candidat présidentiel peut «démolir» un parti politique, cela révèle la véritable force de l’héritage laissé par les deux présidents, a souligné, à CNN, un responsable de la Maison-Blanche souhaitant rester anonyme. Et cela commence avec la guerre en Irak, l’une des plus grandes erreurs de politique étrangère dans l’histoire américaine.»

Personne n’est dupe: en critiquant Donald Trump, George W. Bush cherche surtout à polir sa propre image. Il a participé en mars dernier au late-night show de Jimmy Kimmel, sur ABC, toujours dans le cadre de la promotion de son livre sur les vétérans. Et là encore, il s’est présenté comme un sympathique grand-père, multipliant les notes d’humour et assurant qu’il fallait savoir rire de soi-même. Par ailleurs, ses jumelles nées en 1981 sont elles aussi en tournée promotionnelle pour la sortie de leur livre, Sisters First. Un livre publié fin octobre dans lequel, forcément, elles disent le plus grand bien de leur papa. L’auteur Rich Benjamin s’en est moqué dans une chronique au vitriol publiée dans le Washington Post intitulée «George W. Bush n’est pas la résistance. Il fait partie de ce qui nous a amené Trump».

On imagine facilement George W. Bush boire du petit-lait au fur et à mesure que la cote de popularité de Donald Trump s’affaisse. Le Texan était jusqu’ici considéré par beaucoup comme le «pire président de l’histoire des Etats-Unis». Depuis l’accession de Donald Trump au pouvoir, il peut espérer lui céder assez rapidement ce titre.

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