Drôle de célébration. Lorsque le 7 mai prochain, les Vingt-Sept chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne se retrouveront à Prague pour lancer le «partenariat oriental» à l’intention des pays voisins situés à l’Est de l’UE (Moldavie, Belarus, Ukraine, Géorgie), l’ambiance ne sera pas vraiment à la fête.

La République tchèque, présidente de l’Union jusqu’au 30 juin, sait trop bien que, cinq ans après l’élargissement, les nouvelles en provenance des nouveaux pays membres n’aient pas de quoi réjouir. La crise financière mondiale est passée par là, faisant imploser des économies largement dopées depuis le milieu des années 90 par un crédit abondant et une bulle spéculative immobilière, pas très éloignés des «subprime» américains.

Drôle de moment aussi pour célébrer l’élargissement. Mardi 28 avril, l’Albanie devrait déposer sa candidature d’adhésion via une lettre adressée au gouvernement tchèque par son premier ministre Sali Berisha. Elle sera accompagnée d’un dossier présentant les progrès réalisés par ce pays. Alors que la Commission européenne souhaitait attendre les élections législatives du 28 juin et ne cesse de répéter à Tirana qu’aucune demande d’adhésion ne pourra être considérée tant que le pays n’aura pas prouvé qu’il est capable de respecter tous ses engagements au titre de l’Accord de stabilisation et d’association (ASA), première étape sur le chemin de l’intégration. Or l’ASA, avec l’Albanie, vient tout juste d’entrer en vigueur le 1er avril…

Drôle de coïncidence enfin. Ce cinquième anniversaire intervient alors que la Croatie, appelée à devenir le 28e pays membre de l’UE connaît un véritable «chemin de croix», pour reprendre l’expression de notre confrère belge «Le Soir». Zagreb, qui négocie depuis 2005, s’était vu promettre une intégration en 2010. Mais vendredi dernier, l’une des ultimes sessions de négociation a été reportée sine die en raison d’une dispute frontalière avec la Slovénie pour laquelle les deux pays ont refusé l’arbitrage de la Commission européenne, proposé le 25 mars.

Au delà, la cause du retard est connue: elle tient à la fatigue perceptible du «club européen» actuel pour qui les Balkans, actuellement dans l’antichambre de l’UE, riment avec cauchemar. Il faut dire qu’en 2007, à l’époque ou les promesses fusaient de Bruxelles vers Zagreb, l’économie croate s’affichait en plein boom. On parle maintenant de 2011 au plus tôt pour une adhésion. Même les autorités croates, confrontées à des élections locales le 17 mai, semblent vouloir lever le pied.