Le bruit de la guerre qui dévaste l'Europe. L'exode effréné des parisiens vers le sud. La France coupée en deux par la ligne de démarcation. La Suisse romande aux avant-postes de la tragédie. C'était il y a 80 ans. Chaque semaine de l'été, «Le Temps» vous raconte qui, entre larmes et rire, collaboration, compromissions et résistance, façonna la France à l'heure allemande. 

Episodes précédents:

Deux colonnes de pierres à demi calcinées. Un sentier encadré d’arbustes dépenaillés, cuits par la canicule de l’été 2020. Voici tout juste quatre-vingts ans, la massive villa Air-Bel se trouvait ici, au-dessus de la cité HLM du même nom qui abrite aujourd’hui une population marseillaise bigarrée, regroupée en soirée autour de l’aire de jeux pour les enfants et de deux terrains de foot.

Septembre 1940 touche à sa fin lorsque la riche héritière américaine Mary Jayne Gold, revenue en France en provenance de Suisse, découvre cette propriété dans le quartier de la Pomme, le long de la voie de chemin de fer qui relie Marseille à Nice, en surplomb au-dessus de la Méditerranée. Mary Jayne est amoureuse d’un ex-légionnaire. Deux rencontres, au mois d’août à Marseille, l’ont convaincue de rejoindre le réseau mis en place, depuis sa chambre de l’hôtel Splendide, par le journaliste américain Varian Fry, dépêché de New York pour exfiltrer artistes, antinazis et juifs pourchassés par la Gestapo et ses auxiliaires locaux. Mary Jayne finance et charme policiers et fonctionnaires pétainistes. Elle est cheffe de tribu: louée «au bon docteur Thumin», sa villa Air-Bel se transforme en refuge, où le peintre Max Ernst, l’écrivain André Breton et le trotskyste Victor Serge entrecoupent leurs conversations de corvée de bois et de lessive…