Trois journalistes de la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira ont été arrêtés après avoir fait voler un drone mercredi après-midi dans un parc à Paris, a-t-on appris de sources proches de l’enquête.

Ces interpellations interviennent après le mystérieux survol, deux nuits de suite, de drones au-dessus de Paris qui inquiètent les autorités et ont donné lieu à l’ouverture d’une enquête par le parquet de Paris. «Aucun rapprochement n’est pour l’heure possible entre ces arrestations et les survols nocturnes», selon l’une des sources.

Agés de 34, 52 et 68 ans, les journalistes du service international d’Al-Jazira, dont la nationalité n’a pas été précisée, ont été interpellés au bois de Boulogne, dans l’ouest de Paris. Les survols de drones sans autorisation sont interdits à Paris.

«Le premier pilotait le drone, le deuxième filmait, le troisième regardait», selon cette source.

Près de deux mois après les attentats meurtriers dans la capitale française, Paris a été pour la deuxième nuit consécutive survolée «à au moins cinq reprises» par un ou plusieurs appareils dans la nuit de mardi à mercredi, selon une source policière.

Au-dessus de sites sensibles

Les survols nocturnes de Paris par des drones ces deux derniers jours font suite à de nombreux survols de sites sensibles ces derniers mois en France, pays d’Europe qui semble le plus concerné par ce phénomène dont les motivations restent inconnues.

Depuis le mois d’octobre 2014, une trentaine de survols ont été détectés au-dessus ou aux abords de sites sensibles en France. Des drones ont été repérés principalement à proximité de centrales nucléaires, mais également au-dessus du palais de l’Elysée, siège de la présidence, et de l’ambassade des Etats-Unis à Paris ou près de la base des sous-marins stratégiques de l’île Longue dans la rade de Brest (ouest). Certains de ces incidents se sont déroulés de façon simultanée à plusieurs endroits distants de centaines de kilomètres, laissant penser qu’il pourrait s’agir d’opérations concertées.

Ainsi, entre début octobre et début novembre 2014, de multiples survols ont eu lieu à proximité de différents sites nucléaires, dont l’ancien réacteur Superphénix de Creys-Malville (centre-est) et la centrale du Bugey (centre). En France, le survol des centrales nucléaires est interdit dans un périmètre de cinq kilomètres et de 1000 mètres d’altitude autour des sites. Ces délits sont passibles de 1 an d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende.

Un phénomène international

Plusieurs autres pays occidentaux ont connu ce genre de survols. Le 20 décembre 2014, un drone a ainsi été repéré en Belgique au-dessus de la centrale nucléaire de Doel, près d’Anvers (nord), au lendemain de la remise en route d’un de ses réacteurs, arrêté quatre mois à la suite d’un sabotage.

En septembre 2013, des militants du Parti pirate ont posé un drone à 2 mètres de la chancelière allemande Angela Merkel, pendant un meeting électoral à Dresde (est). Les services de protection de la chancelière n’ont pu intercepter l’appareil sur lequel n’était fixée qu’une mini-caméra. Le Parti pirate, qui milite pour plus de démocratie directe, entendait dénoncer une surveillance policière jugée excessive.

Par ailleurs, aux Etats-Unis, un petit drone a survolé fin janvier les jardins de la Maison-Blanche avant de s’y écraser en l’absence du président Barack Obama et de son épouse Michelle en visite officielle à New Delhi. Selon le Secret Service, il s’agissait d’un engin d’une soixantaine de centimètres de diamètre volant à très basse altitude. Le pilote était un employé d’une agence gouvernementale qui a expliqué qu’il «s’amusait» avec son drone «lorsqu’il en a perdu le contrôle».