Une nouvelle onde de choc atteint le Parti socialiste dans l’affaire Strauss-Kahn. Anne Mansouret, élue régionale socialiste et mère de Tristane Banon, la jeune écrivaine qui accuse Dominique Strauss-Kahn d’avoir tenté de la violer en 2002, affirme dans un article mis en ligne sur le site Mediapart, jeudi soir: «Le PS était au courant de l’agression de ma fille.»

Démentis

A nouveau, elle accuse l’ancien directeur du FMI de s’en être pris à sa fille lors d’un entretien que la jeune femme avait obtenu avec lui pour son livre Erreurs avouées. Surtout, Anne Mansouret assure avoir averti plusieurs camarades et dirigeants socialistes de l’époque, dont François Hollande, alors premier secrétaire, et Laurent Fabius.

Les accusations de Tristane Banon sont entrées en 2007 dans le domaine public. Elle les a lancées une première fois sur le plateau d’une émission de Thierry Ardisson, puis les a répétées plus tard au cours d’une interview. Mais la jeune femme n’a jamais déposé plainte, et l’affaire en est restée là. «Rien n’était publiable à ce moment-là», se souvient Edwy Plenel, le fondateur de Mediapart, puisque seul son récit existait, sans possibilité de le recouper, ni de recueillir d’autres témoignages.

Mais, depuis l’annonce de l’inculpation de Dominique Strauss-Kahn pour tentative de viol et agression sexuelle à New York, les langues se délient. Brisant le silence dès dimanche, Anne Mansouret a dit ses regrets d’avoir dissuadé sa fille de déposer plainte.

Vendredi, les deux dirigeants socialistes mis en cause ont démenti la version des événements décrite par Anne Mansouret. François Hollande, qui vise le fauteuil présidentiel, a déclaré n’avoir «jamais eu connaissance des faits de la gravité qui ont été évoqués. […] Les rumeurs, elles existaient, mais je n’ai jamais conçu que mon rôle était de faire la police au sein du PS. […] Si les faits avaient été démontrés, je pense qu’une plainte aurait été déposée.» «Ça n’appelle pas de commentaires de ma part. Je n’ai absolument aucun souvenir de cela», a proclamé l’ancien premier ministre Laurent Fabius. Dans le Roman vrai de Dominique Strauss-Kahn, récemment paru, Ramzi Khiroun, ami et «communicant» de DSK, démolit aussi l’histoire de Tristane Banon, la soupçonnant d’avoir agi par vengeance suite à la censure de la partie de son livre consacrée à DSK.

L’idée que le PS ait pu avoir connaissance d’agissements de son ancien champion allant au-delà d’actes de séduction met les socialistes extrêmement mal à l’aise. Idem pour les critiques sur leur manque de compassion envers la femme de chambre du Sofitel dans les premiers jours après l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn. Interrogé sur France 2, le député Manuel Valls s’est révolté, laissant éclater sa colère, dénonçant un journalisme de «caniveau» insupportable et un «débat absurde sur la responsabilité des uns et des autres, sur la complicité de la soi-disant classe politique et médiatique à propos de ce qu’on aurait su ou pas», qui n’a «rien à voir avec la réalité».

Parole des femmes suspecte

N’empêche. Au fil de la semaine, le peu de considération envers les victimes présumées de violence sexuelle, en particulier Nafissatou Diallo, a suscité un malaise. Clémentine Autain, directrice du mensuel Regards, fut la première à réagir sur son blog. Jeudi, dans le quotidien Libération, elle écrit que «la réception de l’événement raconte quelque chose de profond sur nos représentations. La parole des femmes victimes de violence est suspecte. On sous-estime l’ampleur du phénomène, voire sa banalité: un viol a lieu tous les quarts d’heure en France. Une grande confusion domine entre la drague, le libertinage, «l’amour des femmes», d’une part, et le harcèlement, les agressions sexuelles, le viol, d’autre part.»

Clémentine Autain souligne à quel point «la tolérance sociale à l’égard de ce type de violence est forte, comme l’a illustré la phrase de Jack Lang sur son «ami» DSK: «Il n’y a pas mort d’homme.» Dans ce cas aussi, l’ancien ministre de la Culture s’est rétracté, indigné «de l’utilisation tronquée de ses propos» laissant penser qu’il banalise l’acte de viol.

Les socialistes n’ont pas fini de se débattre avec l’affaissement de leur légitimité morale.