Dominique Strauss-Kahn connaît par cœur le dossier de son procès pour «proxénétisme aggravé». Le président du Tribunal de Lille, Bernard Lemaire, limite d’ailleurs ses questions. Les réponses de l’ancien patron du Fonds monétaire international (FMI) viennent toutes seules, étayées, circonstanciées, remises dans le contexte de l’époque.

Or celui-ci, ce mercredi, en a assez. Il a écouté l’une de ses avocates, Me Frédérique Beaulieu, être récusée par Jade, l’une des parties civiles, qui a fondu en larmes à l’évocation du mot autour duquel beaucoup de choses tournent depuis hier soir: «sodomie». Il sait que l’accusation a fait de cette pratique sexuelle – que DSK semble affectionner selon le dossier – son angle d’attaque privilégié. Objectif des avocats des parties civiles: démontrer que seules des prostituées peuvent offrir ce genre de prestations de façon récurrente. Et démontrer qu’en acceptant de rencontrer ces jeunes femmes plusieurs fois, dans des clubs à Paris ou Bruxelles, et lors de soirées privées aux Etats-Unis, Dominique Strauss-Kahn savait que ces soi-disant «libertines» étaient recrutées pour cela et pour lui. Un simple client, à un moment donné? Non selon l’accusation: un habitué de rencontres tarifées organisées pour lui. Ce qui peut être assimilé à du «proxénétisme en réunion».

La bataille des mots est dès lors lancée. Et Dominique Strauss-Kahn monte au front, face au président. Ponctuant ses interventions d’excuses à Jade, qui a visiblement souffert de ces moments que lui considérait comme «ludiques».

L’ancien ministre français des Finances est déshabillé depuis hier à la barre. Son goût pour les rapports de force domine les débats. Alors il s’emporte: «Je concède et je regrette ces moments; le fait que Jade ait souffert de ces moments, qu’elle décrit aujourd’hui comme de «l’abattage» ou un «carnage». Mais je commence à en avoir assez!» «Monsieur» DSK, comme l’appelle Jade, hausse subitement le ton. «Ce n’est pas moi qui ai demandé la présence de Jade. Je ne l’ai jamais demandée. Sur quatre rencontres, nous n’avons d’ailleurs eu qu’une fois des relations sexuelles, à l’hôtel Amigo (de Bruxelles). J’ai peut-être, je m’en rends compte à entendre ces débats, une sexualité plus rude que la moyenne des hommes. Mais la prévention n’a pas retenu une charge pour mon comportement sexuel. On insiste là-dessus seulement pour induire l’idée que je devais recourir à des prostituées. Or c’est absurde. On veut me faire passer pour un amateur de pratiques sexuelles dévoyées. Ce n’est pas le cas.» Il se rassoit. Un autre des avocats de DSK, Gilbert Malka, fulmine contre ces tentatives répétées de «piéger son client».

En colère, Dominique Strauss-Kahn? Peut-être. Mais pourtant, la ligne est, depuis ce mercredi matin, sacrément floue et il est sur le fil du rasoir. Nous voilà dans l’intimité des clubs échangistes. DSK admet que Jade lui avait dit «être danseuse dans des clubs libertins» et «choisir parfois des clients après ses danses». Peut-on être danseuse dans ce genre de clubs sans être prostituée? DSK sait que l’argument peut faire mal. Il campe pourtant sur ses dires: «Danseuse érotique, bien sûr Monsieur le président. Mais je n’avais aucun moyen de savoir que cette jeune femme se prostituait. Les disc-jockeys ou les serveurs et serveuses de ces clubs ne se prostituent pas, que je sache…». Jade réplique: «On peut vouloir être naïf. C’est un peu facile de se cacher derrière cela…» Le président Lemaire, lui, ne commente pas. Il répète juste que l’ancien patron du FMI a «admis être naïf». Il sait que pour l’heure, aucune brèche n’a encore réussi à entamer le mur de la défense de DSK.