Plus de 13 millions de téléspectateurs. La plus forte audience pour un journal télévisé depuis les émeutes des banlieues en 2005. Dimanche soir, l’acte de contrition de Dominique Strauss-Kahn, au cours duquel il a confessé «une faute morale», a fait un carton. Au lendemain de cet oral, c’est moins les explications de l’ex-patron du FMI sur l’affaire du Sofitel qu’un bref aveu de politique intérieur, qui a mis les socialistes en émoi.

Interrogé sur ses intentions politiques avant sa chute, le 14 mai, DSK a confirmé qu’il voulait être candidat à la présidence de la République. Puis, tout en indiquant qu’il n’entendait pas s’immiscer dans la primaire socialiste, il a admis l’existence d’un pacte avec Martine Aubry, «une amie», «très présente» pendant la période durant laquelle il était inculpé pour agression sexuelle, avant la levée des charges le 23 août. Selon ce pacte dit de Marrakech, les deux protagonistes s’étaient engagés à ne pas se présenter l’un contre l’autre. Seul celui qui aurait été le mieux placé pour remporter la primaire et l’élection présidentielle aurait fait acte de candidature.

Le problème: Martine Aubry a toujours récusé le terme de «pacte», martelant que l’économiste n’avait pas pris sa décision au moment des faits, le 14 mai. La maire de Lille convient d’une entente pour prendre la décision en commun en juin. Mais depuis la chute de DSK, elle se démène pour dissiper l’image d’une candidature de substitution. Elle martèle sa combativité, son envie d’y aller, face à des adversaires trop heureux de voir en elle une compétitrice par défaut.

«Baiser de la mort»

En France, les commentateurs ont immédiatement évoqué un «baiser de la mort». En creux, ils l’interprètent comme une forme de soutien à François Hollande. Le député de Corrèze a remplacé l’ex-patron du FMI au rang de favori et devance toujours Martine Aubry dans les sondages. Plusieurs proches de DSK se sont ralliés à lui, comme Pierre Moscovici, devenu son coordinateur de campagne.

Les partisans de François Hollande ont en tout cas immédiatement saisi la perche. «Au moins on sait qui devait et voulait être candidat dans le pacte. La volonté, l’envie ça ne s’improvise pas après un empêchement», a commenté le député «hollandais» Bruno Le Roux, sur son compte Twitter. «Si Martine Aubry est aujourd’hui candidate, c’est donc parce que DSK ne peut pas l’être. Tous ceux qui, depuis trois mois, nous disent le contraire ne disent pas la vérité», dénonce son collègue André Vallini.

«Est-ce que j’ai l’air d’une candidate de substitution?» a finalement riposté Martine Aubry, en marge d’un déplacement à Nice. Avant d’ironiser sur la formule de «candidate par défaut»: «Je suis la candidate qu’il faut, voilà le bon slogan.» Revenant sur le printemps dernier, elle a expliqué que «le problème se posait de savoir qui serait candidat et qui serait le mieux placé. La décision n’avait pas été prise, le moment venu j’ai pris ma propre décision et je l’ai annoncée.»