Le Burj Dubai, 818 mètres de haut, a été inauguré en grande pompe lundi. Le building émirati passe ainsi devant le Taipei 101 de Taïwan (508 m).

Mais le colosse architectural pourrait bien être «le dernier des projets pharaoniques ayant fait la réputation mondiale de Dubaï, dont une île artificielle sous forme de palmier construite par le géant immobilier Nakheel, à l’origine des difficultés financières de l’émirat», prévient L’Express belge. «Sans l’aide d’Abou Dhabi, assis sur des réserves d’or noir, Dubaï ne songerait même pas à festoyer au pied de son obélisque de verre et d’acier», analyse Libération. Car l’émirat a bel et bien «frôlé la catastrophe financière en novembre dernier», rappelle Le Nouvel Observateur.

«A l’ombre de la tour», selon l’image du Spiegel, «le serpent de Dubaï se mord la queue!» indique France-Soir, et «c’est devenu une tarte à la crème», se moque gentiment La Tribune: «A chaque crise correspond la construction d’un des plus grands buildings du monde, un symbole de la folie des grandeurs punie. Crise de 1929? L’Empire State Building et le Chrysler Building sont achevés à New York Manhattan. Ils resteront partiellement inoccupés pendant des années. Crise des années 1970? C’est le tour des Twin Towers, le World Trade Center, qui se terminent en pleine récession… et connaîtront trente ans plus tard la fin tragique» que l’on sait. Des phénomènes historiques récurrents que rappelle aussi 20 Minutes, une magnifique infographie à la clé. Ainsi, sans en tirer aucune leçon, et «en dépit de la crise, Dubaï se met une nouvelle en scène», écrit la Frankfurter Allgemeine.

Alors, veut-on la cacher ou l’«exorciser», cette crise, voire la «conjurer»? comme le pensent plutôt Il Sole-24 Ore et Le Figaro: «Coûte que coûte», les promoteurs «se sont efforcés de boucler le projet, évalué à plus d’un milliard d’euros, malgré les déconvenues. Les faillites de plusieurs sous-traitants ont engendré des retards. Il s’agit surtout de faire bonne figure» dans ce marasme dont le Washington Post et le Financial Times donnent les chiffres, accablants: ainsi, «avec toute une batterie de feux d’artifice et une foule de 6000 personnes invitées, précise le Guardian, les souverains de Dubaï tentent de convaincre le monde que leurs ennuis financiers ont été surévalués», en misant sur ce que Die Welt nomme «un modèle absurde de fuite en avant».

Parce que si cette tour-là «a été achevée, beaucoup d’autres projets faramineux sont ensablés, écrit Ouest-France. Dont une autre tour, annoncée à un kilomètre de haut. Et quelques nouvelles îles-palmiers.» Il y a donc «une réputation à sauver», comme le montrent très bien une vidéo de la chaîne de TV panarabe Al-Jazira et le portrait que brosse le Financial Times Deutschland d’un des maîtres d’œuvre du Burj, l’architecte Adrian Smith. Mais question: «Bigger is better?» ironise le Sydney Morning Herald, qui propose aussi une galerie photos des monstres architecturaux de Dubaï, telle une sorte de navrante foire aux vanités tape-à-l’œil.