L'adoption de nouvelles mesures de sécurité était au cœur des discours que le premier ministre britannique a prononcés, mardi, en Irlande du Nord. Dix jours après le carnage d'Omagh, Tony Blair a également annoncé sa décision de rappeler le parlement de Westminster, actuellement en vacances, afin de voter en urgence une série de mesures antiterroristes. Lors de discussions avec les dirigeants des principaux partis irlandais, il a dévoilé les grandes lignes des mesures destinées à faciliter le travail d'enquête de la police et la condamnation des auteurs de l'attentat.

Les nouvelles dispositions, qualifiées par Tony Blair de «draconiennes», seront soumises mercredi à la Chambre des communes et jeudi à la Chambre des lords. Parmi les aménagements figure la possibilité de condamner des terroristes présumés sur simple déposition sous serment d'un officier de police. Les enregistrements de conversations téléphoniques pourraient désormais être utilisés comme preuve devant les tribunaux. Aussi, le refus de répondre aux questions des enquêteurs et la rétention d'informations devraient ainsi être désormais traités comme des délits. La législation devrait être adoptée à une écrasante majorité vu que les conservateurs, comme la majorité des députés nord-irlandais et écossais, ont déjà annoncé qu'ils ne feraient pas opposition.

Une première

De son côté, le parlement de la République d'Eire, le Dail, doit se réunir mercredi et jeudi pour entériner une nouvelle série de mesures antiterroristes. Le choix de la date ne laisse rien au hasard. En choisissant de convoquer les sessions du Dail en même temps que celles de Westminster, le premier ministre irlandais Bertie Ahern a voulu symboliquement manifester sa détermination de voir collaborer les polices des «deux Irlandes». Et c'est là une première. Jusqu'à présent, la police de la République d'Eire s'est très rarement impliquée dans la lutte antiterroriste. La majorité des partis irlandais ainsi que les policiers de la Garda Síochána se sont montrés plutôt compréhensifs face aux actions de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) dont les cibles privilégiées étaient les symboles du pouvoir que Londres exerce sur le nord de l'île, soit la police, l'armée ou encore les tribunaux. C'est notamment pour cette raison que les membres de l'IRA n'ont cessé de chercher refuge au sud.

Mais des voix se sont déjà élevées pour s'opposer à l'adoption de mesures qui confèrent de nouveaux pouvoirs à la police nord-irlandaise, composée à 94% d'officiers protestants et discréditée auprès des nationalistes qui forment près de 45% de la population. «Les auteurs de l'attentat d'Omagh doivent bien entendu être punis, a confié une source du parti républicain Sinn Féin. Mais l'introduction de lois abusives du même type que celles dont on est censé se débarrasser avec l'accord de paix pourrait provoquer de vives réactions.»