égypte

Duel annoncé entre l’islamiste et le général

Les Frères musulmans ont donné leur candidat Mohammed Morsi en tête du premier tour de l’élection présidentielle. Il serait suivi de près par une figure de l’ancien régime, le dernier premier ministre de Hosni Moubarak, Ahmad Chafik

Surprise à l’issue du premier tour du scrutin présidentiel en Egypte: les Frères musulmans, qui ont assisté au dépouillement des bureaux de vote, ont annoncé vendredi la victoire de leur candidat Mohammed Morsi, d’après des «résultats complets». Il serait suivi de près par Ahmed Chafiq, un cacique du régime.

Le dissident de la confrérie, Abdel Moneim Aboul Foutouh, et Amr Moussa, l’ancien ministre des Affaires étrangères et ex-secrétaire général de la Ligue arabe, présentés comme duo favori jusqu’au dernier moment, n’arriveraient qu’en quatrième et cinquième positions, derrière le candidat de la gauche Hamdeen Sabbahi.

Si la commission électorale confirme ces résultats dès dimanche, le second tour qui se tiendra les 16 et 17 juin devrait opposer un islamiste à un ancien général. Le duel du premier scrutin libre en Egypte rejouerait alors la lutte historique entre islamistes et militaires.

Le succès d’Ahmed Chafiq inquiète les révolutionnaires. Ancien chef d’état-major de l’armée de l’air, candidat favori des militaires, qui dirigent le pays depuis la chute de l’ancien président Hosni Moubarak, il a promis de rétablir la sécurité et de mettre fin aux spasmes de la révolution.

Hier, un petit attroupement s’est formé sur la place Tahrir au Caire, pour protester contre cette figure de l’ancien régime.

La scène en rappelait une autre, plus d’une année auparavant, en février 2011. Hosni Moubarak avait nommé Ahmed Chafiq premier ministre, dans l’espoir d’apaiser la foule qui manifestait sur la place névralgique de la capitale pour demander le départ du président. L’ancien général fut aussitôt prié de s’en aller à son tour. Aujourd’hui pourtant, nombre d’Egyptiens souhaitent apparemment qu’il prenne les rênes de l’Etat.

Le message qui sort des urnes semble être celui du retour à l’ordre, dans un pays à l’économie exsangue et où, quinze mois après la chute du président dictateur, l’incertitude continue de régner. Pour le spécialiste du monde arabe Mathieu Guidère, «c’est le choix entre l’ordre militaire et l’ordre moral et social», incarné par l’islamiste Mohammed Morsi, du parti des Frères musulmans, Liberté et Justice. «Les Egyptiens en ont assez», poursuit l’observateur, de retour du Caire, pour qui cette tendance, si elle se confirme, reflète le «paradoxe entre leur volonté de changement et celle de stabilité».

La seule figure de Mohamed Morsi parvient à réconcilier ces deux extrêmes. Très conservateur, il n’en représente pas moins le changement, après 50 ans de bannissement des islamistes. Deuxième choix des Frères musulmans – après l’annulation de la candidature du charismatique stratège de la confrérie, Khairat al-Chater, pour une condamnation sous l’ère Moubarak – il a été surnommé la «roue de secours». Son succès en dépit de son manque de stature présidentielle, démontre la puissance de la base militante des Frères une fois qu’elle s’est mise en marche.

Pendant la campagne, face à la montée en puissance du candidat indépendant Aboul Foutouh, un islamiste modéré, les Frères musulmans ont peu à peu durci le ton pour présenter leur candidat comme le «seul candidat avec un programme islamiste».

Autre surprise de ce premier tour, le score du nassériste, Hamdeen Sabbahi, donné troisième, voire second à la place d’Ahmed Chafiq par certains médias égyptiens. Ce candidat de la gauche, emprisonné à 17 reprises sous l’ancien régime, représente une échappatoire pour ceux qui refusent les islamistes comme les «felouls», les hommes de l’ancien régime. Le décompte de voix se poursuivait hier soir.

Les Frères musulmans, qui détiennent déjà 75% des sièges au parlement, semblent en bonne posture pour s’emparer de tous les leviers du pouvoir. Mais, reste à définir quel pouvoir exactement, puisque la Constitution n’a pas encore été rédigée.

«C’est le choix entre l’ordre sécuritaire des militaires et l’ordre moral et social des islamistes»

Publicité