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Après le débat.
© Joe Raedle

Conversation

Le duel Clinton/Trump, paradis pour les «fact checkers»

Trump le businessman contre Clinton la politicienne. L’affrontement entre les deux prétendants à la Maison-Blanche a été rude, avec dans le rôle du chœur les internautes et les médias

Quinze millions de tweets ont été échangés la nuit dernière pour commenter le premier débat présidentiel entre Hillary Clinton et Donald Trump. Une énergie folle a été consacrée à ce duel «historique», car regardé par cent millions de personnes – sur des téléviseurs mais aussi des ordinateurs, des smartphones: de nombreux sites retransmettaient en direct jusque sur leur page Facebook l’affrontement entre la politicienne professionnelle taillée pour ce genre d’exercice, et le tribun exubérant pour une fois privé de public. De quoi susciter un ouragan de commentaires parfois rigolards, parfois furibards, alimentés par un débat tendu, musclé. Dans la première catégorie, les fréquents reniflements de Donald Trump, particulièrement visibles puisque l’écran divisé en deux montrait les deux concurrents en permanence, ont ainsi donné lieu à d’innombrables plaisanteries, relayées par plusieurs comptes @Trumpsniff @Trumpsniffle  ou @Trumsinuses créés pour l’occasion. La grande tirade du milliardaire sur l’énergie dont manquerait Hillary Clinton pour gouverner s’est aussi retournée contre lui à la fin du débat – «Et Trump a fini fatigué, désorienté, incohérent et maugréant. On voit bien qui a l’énergie et qui ne l’a pas». Enfin «Hillary Clinton doit être à la Maison-Blanche et Donald Trump dans mon émission» a même twitté l’amuseur Jerry Springer, un message repartagé plus de 70 000 fois…

Car la Toile aime partager, s’amuser. Mais elle peut aussi se révéler un redoutable observateur politique, elle qui n’oublie jamais rien. «Est-ce que Trump vient vraiment de dire en direct que ne pas payer d’impôts sur le revenu faisait de lui quelqu’un de malin? Je suis sûr qu’après il viendra affirmer qu’il ne l’a jamais dit» écrit cet internaute. Misère de la mauvaise foi, de la réécriture de l’histoire. Un autre tweet, quelques minutes plus tard: «Dans la salle de debriefing, Trump affirme maintenant qu’il n’a jamais dit qu’il était malin de ne pas payer d’impôts – ce qu’il vient de dire devant 100 millions de personnes». Misère, vraiment. Et grandeur des réseaux sociaux, qui relativisent, comparent, calculent, se souviennent.

Vérifier, vérifier, vérifier

C’est d’ailleurs plutôt pour cette raison que le débat peut être qualifié d’historique. Plusieurs médias parmi les plus réputés – le Washington Post, le New York Times, CNN ou encore NPR ont entrepris en direct de contrôler toutes les déclarations des candidats – ce qu’on appelle le fact-checking, la base traditionnelle du journalisme certes, mais transfigurée par l’accès immédiat à des millions de lecteurs, contradicteurs ou amplificateurs potentiels. Suivre le débat sur deux écrans permettait ainsi une expérience assez saisissante: le discours sur l’un, sa vérification sur l’autre, avec l’ensemble de la Toile comme chœur pour commenter. A cet exercice Hillary Clinton la prudente s'en sort mieux, ayant toujours davantage mesuré ses propos que le tonitruant magnat de l'immobilier, habitué aux sorties intempestives qui font son succès en meeting, mais se payent cash à l'heure des comptes. Donald Trump nie qu’il a accusé les Chinois d’avoir fabriqué le mensonge du réchauffement climatique? CNN ressort son tweet datant de 2012.

Il nie avoir qualifié la grossesse d'«inconvénient» pour les employeurs? NBC ressort son interview datant de 2004.

Hillary Clinton nie avoir qualifié le futur Traité transatlantique d'«exemple parfait» de traité commercial? Le Washington Post retrouve le discours où elle a employé l’expression.

A chaque fois, ces messages provenant de médias sont à nouveau repartagés des milliers de fois. Le processus de vérification était d’autant plus efficace que plusieurs équipes concurrentes travaillaient sur les mêmes sujets, se validant les unes les autres. Jamais auparavant autant de journalistes n'avaient travaillé en direct en même temps sur la même matière.

Pas sûr pourtant que débat, aussi virulent et authentifié qu’il ait été, puisse faire changer d’opinion ses spectateurs. Plusieurs recherches ont montré qu’on cherchait la confirmation de ses propres idées dans ce genre d’expérience plutôt qu’une remise en question de ses certitudes. Les faits tronqués ou non n’y changeront probablement rien.

Lire aussi: Hillary Clinton remporte haut la main le premier débat présidentiel

Les meilleurs moments (et les pires) du débat Clinton/Trump

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