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Le duel du 2e tour.

France

Le duel Macron-Le Pen au second tour sera celui de deux France

Emmanuel Macron emporte le premier tour de la présidentielle française avec avec 23,86% des voix devant les 21,43% de Marine Le Pen (résultats globaux lundi matin, hors Français de l'étranger, du ministère de l'Intérieur). Le candidat «d'En Marche !» est désormais favori pour l'Elysée

Le caractère historique de la présidentielle française est confirmé

Emmanuel Macron sera, sauf énorme surprise, le prochain président de la République française. En emportant le premier tour du scrutin dimanche soir, avec 23,86%* des suffrages (chiffres du Ministère de l'intérieur lundi matin), le candidat «d'En Marche !» a réussi son incroyable pari. «Je souhaite, dans quinze jours, rassembler et devenir votre président. La force de ce rassemblement sera déterminante pour présider, pour gouverner et pour rompre avec le système incapable de résoudre les problèmes de notre pays depuis plus de trente ans» a-t-il asséné lors de son discours, prononcé en dernier vers 22h30 au Parc des Expositions de Paris. 

Emmanuel Macron: «En une année, nous avons changé le visage de la vie politique française. Vous êtes ce visage du renouveau et de l'espoir Français. Il n'y a qu'une France: la notre, dans une Europe qui protège et que nous aurons à refonder»

Qualifiée contre lui pour le second tour avec plus de 21,43% des voix, soit un million de plus qu'en 2012, Marine Le Pen réédite la performance de son père qui avait défié Jacques Chirac en finale de la présidentielle en 2002. Le réservoir de voix de l'extrême droite en France est aujourd'hui beaucoup plus important. Mais toutes les enquêtes d'opinion réalisées depuis le début de la campagne montrent que l'ancien ministre de l'Economie a un net avantage dans le duel qui s'annonce. Il est en général donné vainqueur à 65% contre 35% des voix, et les appels à voter contre le FN, qui se sont multipliés dans la soirée de dimanche, confortent cette hypothèse. Francois Fillon obtiendrait prés de 19,94% des voix et Jean-Luc Mélenchon 19,62% (contre 11,1 % en 2012). Le candidat socialiste Benoît Hamon plafonne à 6,35%.

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François Fillon: «Les obstacles étaient trop nombreux. Cette défaite est la mienne et je l'assume»

Deux France se retrouveront donc dans les urnes le 7 mai. Celle d'Emmanuel Macron, ancien conseiller de François Hollande (2012-2014) puis ministre de l'Economie (2014-2016) est une France ouverte sur la mondialisation, arrimée à l'Union européenne, et résolue à tenir ses engagements communautaires, en tandem avec l'Allemagne. L'incroyable pari politique du vainqueur de ce dimanche est aussi celui d'une recomposition politique inédite sous la cinquième République, que les législatives des 11 et 18 juin devront confirmer: l'évolution vers une majorité parlementaire de compromis apparaît programmée. Les deux partis historiques de gouvernement depuis 1958: le Parti socialiste et «Les Républicains» (ex UMP et RPR) ont été hier crucifiés. Cette France-là n'a pas encore pris le dessus sur l'ancien système. Mais un tournant majeur a eu lieu dans les urnes. Signe qui ne trompe pas: le président sortant a, dès 20h15, joint son ancien conseiller au téléphone pour lui apporter son soutien. Le premier ministre Bernard Cazeneuve a fait de même. Le quinquennat écoulé s'achève par un séisme institutionnel.

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L'autre France est celle de Marine Le Pen. Son programme est connu: protectionnisme, étatisme économique, rétablissement des frontières, lutte farouche contre l'immigration et mise en cause de l'intégration européenne et de l'euro. Jamais le niveau de soutien à cette France de colère n'a été aussi fort, alimenté par la menace terroriste, le chômage de masse, la précarité et la peur rampante de l'islam. Le défi politique posé aux institutions françaises est dès lors colossal. Le débat télévisé de l'entre deux tours, entre les deux candidats aux antipodes, démontrera l'ampleur du fossé qui divise désormais le pays, en particulier entre les zones urbaines et cette France «périphérique» qui se sent abandonnée. Mais la réalité des chiffres est incontestable: le FN n'a pas de réservoir de voix. Le taux de participation à cette présidentielle, identique à celui de 2012, est élevé. Le Front national est peut être devenu hier soir le grand parti d'opposition du prochain quinquennat. Tout dépendra, là encore, du résultat des prochaines législatives. 

Cette opposition de deux France cache une autre révolution: celle des hommes et des appareils. Du côté des appareils, la preuve est faite que les grands partis de gouvernement n'ont plus les réponses adéquates aux préoccupations des électeurs. Le parti socialiste, avec les 6% de Benoît Hamon, est humilié mais pas mort. Ses dépenses de campagne seront remboursées grâce au franchissement du fameux seuil des 5%. Mais le parti de François Mitterrand, Lionel Jospin et François Hollande n'a plus l'initiative dans la recomposition de la gauche française. Celle-ci appartient désormais à Jean-Luc Mélenchon, dont la campagne au nom de la «France insoumise» se termine par un énorme succès.

Jean-Luc Mélenchon: «Chacun, en conscience, saura quel est son devoir. Je n'ai reçu aucun mandat pour m'exprimer au nom de mes électeurs»

Avec près de 20% des voix selon les estimations, le candidat de la gauche radicale démontre qu'il a su incarner un espoir et capter une révolte citoyenne. Fait étonnant: Jean-Luc Mélenchon, visiblement très déçu d'arriver en quatrième position, a refusé de donner une consigne de vote contre le Front national, affirmant qu'il doit d'abord consulter ses soutiens. Après avoir fait une OPA sur le parti communiste, Mélenchon est aujourd'hui en position de force pour dessiner les contours d'une nouvelle gauche française protestataire et indignée, à l'image de Podemos en Espagne. La rupture de ce peuple de gauche avec le quinquennat réformiste de François Hollande est consommée. L'éclatement du PS, entre pro-Mélenchon et pro-Macron, sera très difficile à éviter.

Les personnalités enfin. François Fillon d'abord. L'ancien premier ministre est le grand perdant de ce scrutin. Il n'a pas profité d'un soi-disant «vote caché». Il n'a pas profité de sa stature régalienne et de l'attentat des Champs-Elysées. Il entraîne la droite dans son naufrage et a d'ailleurs, de suite, assumé toute la responsabilité de la défaite. A son QG dimanche soir, la tonalité était grave. Son appel à voter contre l'extrême-droite, soutenu par Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin ou Laurent Wauquiez, promet seulement une unité de façade. En réalité, la guerre pour le futur leadership du camp conservateur est engagée, avec l'ancien président Nicolas Sarkozy dans le rôle du tireur de ficelles. L'échec Fillon est total. Ultra-favori après sa victoire à la primaire de novembre 2016, le député de Paris termine sa course dans le mur. Les juges qui l'ont mis en examen  vont continuer d'enquêter sur son sort et sur les présumés emplois fictifs de son épouse. La France conservatrice, rurale, patricienne et catholique qui lui restait fidèle concède une inéluctable défaite. 

Les «petits candidats», ensuite, n'ont pas réussi à faire la différence. A l'heure d'écrire ces lignes, seul l'un d'entre eux, le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, dépasse les 4% des voix, ce qui peut d'ailleurs expliquer le mauvais score de François Fillon. La France politique  sort donc éclatée en quatre pôles de ces urnes présidentielles: l'extrême droite avec le FN, la droite autour des «Républicains», un centre  autour «d'En Marche» et une gauche plus rebelle et davantage éloignée des contraintes de gouvernement.

Emmanuel Macron avait choisi d'intituler son livre programme «Révolution». Au vu des résultats d'hier, son choix audacieux était justifié. 

* Les chiffres de cet article ont été modifiés depuis sa première publication dimanche vers 22h00: ils ont été actualisés avec les résultats officiels encore partiels diffusés lundi matin par le gouvernement français (97% des bulletins dépouillés)

 

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