Si les téléspectateurs pouvaient voter à l’issue des débats de la primaire «citoyenne» organisée par le Parti socialiste français, le vainqueur à l’audimat de cette seconde confrontation devant les caméras pourrait bien se nommer… Jean-Luc Bennahmias.

Presque ridiculisé par ses gaffes lors du premier débat, l’ex-écologiste devenu candidat par la grâce de l’ouverture aux «petits partis» a su monopoliser l’attention des caméras, à force de gestuelle et de saillies tantôt drolatiques, tantôt judicieuses et lestées d’un «parler vrai» délaissé par les autres candidats.

Rôles clarifiés

Entre son pugilat amusé avec les journalistes de BFM TV, et ses gesticulations théâtrales, on comprend mieux, après l’avoir vu à deux reprises, pourquoi les commentateurs politiques français l’ont affublé du surnom de «Bourvil». On comprend moins, en revanche, pourquoi le PS français déjà considérablement fragilisé par le quinquennat de François Hollande a eu besoin de promouvoir une telle candidature. A moins de vouloir transformer cette primaire en «Grande Vadrouille»…

Plus sérieusement, l’acquis de ce second débat télévisé – un troisième aura lieu jeudi soir avant le premier tour du 22 janvier – aura été de clarifier les rôles et de poursuivre un examen détaillé des programmes. C’est le bon point de ce dispositif.

Deux candidats plus «présidentiables»

Tandis que les outsiders Vincent Peillon et Benoît Hamon sont restés calés dans leurs rôles respectifs de pédagogue et d’utopiste en chef, l’ancien Premier ministre Manuel Valls et l’ancien ministre Arnaud Montebourg ont réussi l’examen d’autorité, leur permettant tous les deux d’apparaître comme les deux plus «présidentiables» issus de l’actuelle majorité.

Pour Valls, convaincant dans son désir de rassembler, une posture réaffirmée: celle de l’ancien chef du gouvernement qui assume et qui est «fier» d’avoir mené la gauche dans l’exercice du pouvoir. Pour Arnaud Montebourg, une candidature de rupture avec l’Europe – «Il faut ouvrir les hostilités avec une Europe qui ne protège plus» – et une volonté claire de se distinguer de ses concurrents par sa capacité de mettre en œuvre ses promesses protectionnistes, souverainistes et proches des thèses de la «démondialisation».

Valls, la défense du quinquennat

Quel pronostic faire à ce stade? Tout dépendra du bassin d’électeurs qui iront voter le 22 janvier pour le premier tour, moyennant le paiement d’un euro et la signature d’une charte des «valeurs».

Pour Manuel Valls coincé dans sa défense du quinquennat, et arc-bouté sur sa responsabilité régalienne exercée durant le mandat de François Hollande – «Nous devons être lucides sur l’état de la société […] N’oublions pas les attentats et la nécessité d’un président de la République qui rassemble les Français autour de la laïcité. Je n’abandonnerai jamais ces valeurs» – le risque est de buter sur un électorat majoritairement composé de sympathisants classiques de la gauche, donc résolu à rectifier le tir après l’expérience de 2012-2016.

Montebourg, parfois en retrait

Pour Arnaud Montebourg, le risque est plutôt celui de la dispersion des voix, son électorat potentiel étant aussi celui que courtisent Benoît Hamon et Vincent Peillon. Solide, l’ancien ministre est apparu parfois en retrait, s’ennuyant presque sur le plateau. Réaffirmant son soutien à la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise (et au-delà des religions) et de l’Etat, l’ex-député de Saône-et-Loire a parlé avec solennité, promettant de ne pas céder sur les horaires de piscine pour les femmes et répétant que les accommodements ne sont pas négociables. «Refuser la tyrannie d’une minorité et la tyrannie d’une majorité pour travailler ensemble»: cette phrase d’Arnaud Montebourg à propos de la laïcité résume bien son dilemme électoral.

«La Grande Vadrouille» de la primaire citoyenne n’est pas terminée. Mais comme dans le film, tout semble se jouer désormais entre deux principaux protagonistes casqués et équipés pour leur duel politique final. Rendez-vous jeudi pour le prochain débat.


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