La question n'a pas été lâchée en direct lors de leurs interventions. Dommage. Car chez les trop timides participants à l'université d'été du Medef, le patronat français, tout le monde se la pose: «Comment peut-on croire que Sarkozy, comme Juppé, sont capables de changer la France?, interroge un cadre de l'entreprise ERM Robotique. Ils peuvent dire ce qu'ils veulent: on reste sur nos gardes.»

Sifflets et huées

Résultat: une belle bordée de sifflets a ponctué, mercredi matin, les applaudissements lors de l'arrivée de l'ancien président français en salle plénière. Applaudissements nourris, en revanche, lors de l'intervention d'Alain Juppé en fin d'après-midi sur le campus de HEC à Jouy-en-Josas, prés de Paris. François Fillon et Bruno Le Maire les y avaient précédé. 

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Nicolas Sarkozy, pourtant, n'a pas ménagé sa peine. Dix minutes de discours truffé d'annonces de mesures-phares que le candidat à la présidentielle s'est engagé à prendre au plus tard en juillet 2017. Suppression du compte «pénibilité» instauré sous le quinquennat Hollande; suppression du principe de précaution inscrit dans la constitution par Jacques Chirac; abrogation de «toute norme supérieure à la moyenne européenne»; responsabilité totale des entreprises qui pourront choisir, par référendum interne, la durée hebdomadaire du travail... Et surtout, abrogation immédiate de l'impôt sur la fortune.

Sarjozy et Juppé? Du déjà-vu!

Verdict? «Il manque à Sarko comme à Juppé une chose simple: la nouveauté, juge Corinne Vieillemard, de la société Hygiène Office. On les a vus et revus». Froncement de sourcils du patron du Medef Pierre Gattaz, affairé à feuilleter «Cinq ans pour l'emploi» (Ed. Lattès), le dernier livre-programme d'Alain Juppé: «Notre programme est bien résumé par les mots sur nos affiches explique-t-il: audace, enthousiasme, conquête. Tous les candidats qui collent à ces mots d'ordre sont bienvenus ici».

Le maire de Bordeaux, pour le coup, a davantage collé aux slogans patronaux, martelant les mots «espérance et confiance». «Pourquoi moi ? Parce que je suis l'homme de la situation. Je sais ce que je veux faire et je saurai surtout le faire avec méthode» a lancé l'ancien premier ministre, l'air détendu, sans cravate, brusquant même son langage: «J'ai un lourd passif. Je suis pour l'abrogation de l'ISF que j'ai fait la connerie de maintenir, en 1995, lorsque j'étais ministre du budget (...) Je vais me battre contre les démagogues qui accentuent les tensions et les peurs».

Macro, l'absent tant désiré

Un bom a toutefois manqué. S'il était resté ministre, Emmanuel Macron aurait du venir s'exprimer devant les assises du Medef ce mercredi soir, pour tirer le dernier bilan économique du quinquennat Hollande, moins d'un an avant les élections présidentielles de mai 2017. Démissionnaire hier du gouvernement, mais pas encore candidat, l'intéressé a renoncé. Au grand dam des patrons présents, qui ne lui pardonnent pas, néanmoins, les excés fiscaux du quinquennat Hollande: «Il comprend le numérique. Il comprend les contraintes de la mondialisation. Il est connu à l'étranger. Il a travaillé dans la banque. En France, c'est une révolution», assène un chasseur de têtes. De quoi énerver les proches de Nicolas Sarkozy et d'Alain Juppé, à l'évidence inquiets de ce concurrent qui se position certes «à gauche», mais affirme s'adresser à un public «ni droite-ni gauche». «Emmanuel Macron a un autre avantage poursuit l'eurodéputée centriste Sylvie Goulard, venue s'exprimer sur l'Europe. Il connaît de près la mécanique des marchés financiers. Il est familier de la City. Il parle le langage qui dominera les négociations du Brexit».

Des entrepreneurs en quête d'audace

Elu président de la région Provence Alpes-Cote d'Azur en décembre dernier grâce aux voix de la gauche contre le Front National, Christian Estrosi botte méchamment en touche pour défendre son candidat Nicolas Sarkozy: «Sarko, c'est le réel. Juppé, c'est le refus de la confrontation alors qu'elle est indispensable pour une véritable alternance. Macron, c'est une illusion».

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Réponse cinglante d'un jeune dirigeant de Valtus, une firme de conseils aux entreprises: «Si nous devions seulement prendre en compte le réel au moment de créer nos entreprises ou de mettre sur le marché de nouveaux produits, nous ne le ferions pas. Nous devons oser, séduire, puis corriger le tir en fonction des aléas du marché: c'est ce que semble vouloir faire Emmanuel Macron». Au même moment, un sondage annonce que 84% des Français approuve la décision d'Emmanuel Macron de démissionner. Sous le soleil du Medef, le duel Sarko-Juppé a pris, mercredi, un sacré coup de vieux.