éditorial

Le ton d’un président aux abois

ÉDITORIAL. Lors de son discours sur l’état de l’Union, Donald Trump s’est voulu conciliant et a adopté une posture de rassembleur pour mieux masquer ses difficultés à vingt et un mois de l’élection présidentielle

Combien de temps va-t-il tenir sans céder aux diatribes enflammées dont il est coutumier? Avant même que Donald Trump ne lance, devant le Congrès, son appel aux compromis et au rejet d’une «politique de vengeance», Chuck Schumer, le chef de file de la minorité démocrate au Sénat, avait ironisé: «On dirait que, tous les ans, le président se réveille le jour du discours sur l’état de l’Union avec une soudaine envie d’unité. Les 364 autres jours de l’année, le président passe son temps à nous diviser.»

Il n’en a pas donné l’exemple

Cette «soudaine envie d’unité» s’explique. Donald Trump est sur la défensive. Il renvoie l’image d’un président aux abois à vingt et un mois d’un rendez-vous électoral crucial. Si le loup des tweets virulents s’est transformé en mouton pacificateur devant le Congrès mardi soir, c’est pour mieux masquer ses difficultés. Empêtré dans l’affaire de l’ingérence russe dans la présidentielle de 2016, il a dénoncé les enquêtes judiciaires «ridicules» et «partisanes» lancées contre lui et ses proches.

Il se prépare à une lutte acharnée pour 2020 dans un contexte des plus électriques, avec un Parti démocrate qui a repris la majorité à la Chambre des représentants et alors que son taux de popularité est bas. Surtout, il est dans une impasse politique majeure à propos de sa principale promesse de campagne: le «mur» qu’il veut construire entre les Etats-Unis et le Mexique s’enlise.

Donald Trump a beau déclarer vouloir «mettre fin à des décennies de blocages politiques, guérir les blessures anciennes, construire de nouvelles coalitions et esquisser de nouvelles solutions», il a beau insister sur le besoin d'«audace pour transcender nos différences», il n’en a pas vraiment montré la voie ces dernières semaines. Il ne veut pas céder sur les 5,7 milliards de dollars qu’il exige pour construire son «mur». Or les démocrates ne lui feront pas cette fleur.

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La date butoir du 15 février

De longues et pénibles tractations, stériles, ont provoqué la plus longue paralysie partielle du gouvernement fédéral que les Etats-Unis ont jamais connue. Le bras de fer avec la démocrate Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, a été d’une rare violence. Pour n’aboutir à rien. Ou si peu: une trêve jusqu’au 15 février. Et une première victoire pour les démocrates.

Mardi soir, Donald Trump aurait certes pu déclarer l'«urgence nationale», une procédure exceptionnelle qui lui aurait permis de contourner le Congrès pour financer son «mur». Il a préféré éviter le chaos et ne pas déclarer la guerre aux démocrates, au risque de se mettre en difficulté vis-à-vis de sa base électorale. Il a désormais jusqu’au 15 février pour prouver qu’il a d’autres ambitions que de redevenir un agent de la discorde prêt à plonger son pays, toujours plus polarisé, dans un nouveau shutdown.

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