Rarement le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, aura si bien porté son titre. Il a réservé un accueil très… diplomatique jeudi après-midi à Florence Cassez à l’aéroport de Roissy, au nord de Paris. Après sept ans de calvaire dans sa prison de Tepepan, près de Mexico, la jeune femme, libérée mercredi soir par la Cour suprême mexicaine, a débarqué d’un vol régulier, rayonnante. «Libre, je l’ai toujours été dans ma tête. Je crois que j’ai été totalement innocentée», a-t-elle déclaré au moment d’étreindre les siens. «L’avion a atterri et moi toujours pas. J’ai rêvé ce moment dix mille fois», a-t-elle expliqué, la voix étranglée, ne cachant rien des «phases de doute qui alternaient avec les phases d’espoir».

Mais elle n’aura eu droit ni à l’accolade du président François Hollande ni à celle de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy. Les deux hommes la verront plus tard. Pas question, d’un côté comme de l’autre, d’être taxé de récupération politique…

L’heureux épilogue de l’affaire Cassez n’aura donc pas donné lieu en France à l’un de ces rares moments d’union nationale. Le pays tout entier avait pourtant suivi les rebondissements de ce mauvais feuilleton. L’arrestation de Florence Cassez en 2005, reconstituée par la police et mise en scène pour la télévision. Sa condamnation à 96 ans de prison en première instance, ramenée en appel à 60 ans de réclusion pour enlèvements alors qu’elle avait toujours clamé son innocence. La conviction de l’opinion mexicaine qu’elle n’ignorait rien des rapts organisés par son ex-petit ami, Israel Vallarta. Mais les images du dénouement resteront à jamais figées dans ce contraste. Les larmes et la joie de la famille, d’un côté. Et les bisbilles de la classe politique, de l’autre…

Dès mercredi soir, François Hollande et Nicolas Sarkozy réagissent. L’un dit sa «satisfaction de voir s’achever une période particulièrement douloureuse». L’autre dit son «émotion». La première dame, Valérie Trierweiler, se trouve même aux côtés de Charlotte Cassez, la mère de l’ex-détenue, quand la bonne nouvelle survient d’outre-Atlantique. Mais, dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, on s’étrangle. Pas un mot dans la bouche de son successeur pour remercier l’ancien chef de l’Etat du travail accompli. «Il s’est beaucoup battu, pourtant.» «Sans lui, rien n’aurait été possible», soulignent les proches de Nicolas Sarkozy.

Mais, à gauche, pas question de remettre la médaille du mérite à l’ancien locataire de l’Elysée. On souligne au contraire que Nicolas Sarkozy s’était en quelque sorte comporté comme un éléphant dans un magasin de porcelaine avec l’ancien président mexicain Felipe Calderon. N’avait-il pas dédié, en 2011, l’année du Mexique en France à Florence Cassez? Le résultat avait été immédiat: l’événement avait aussitôt été annulé par le Mexique. On souligne au contraire que c’est la «méthode soft» qui a pu conduire à l’heureux dénouement. Une autre stratégie, basée sur la confiance, aurait permis de faire la différence. D’autant que Felipe Calderon avait cédé le pouvoir depuis décembre dernier à un nouveau président, Enrique Peña Nieto, pour qui l’affaire était moins épidermique…

Alors que Florence Cassez était déjà dans l’avion, la polémique ne faisait qu’enfler. La mère de l’ex-détenue annonçait que Nicolas Sarkozy serait présent à l’aéroport. L’ancien président a dû démentir. Il verra Florence Cassez très vite, mais en privé. François Hollande, de son côté, lui ouvrira dès ce vendredi soir les portes de l’Elysée.

Si l’entourage de Nicolas Sar­kozy rappelle aujourd’hui son volontarisme, c’est évidemment tout sauf anodin. Au moment où la guerre au Mali conduit François Hollande à enfiler pleinement l’habit présidentiel en même temps que le treillis de chef de guerre, son prédécesseur vient opportunément rappeler que lui aussi pouvait exercer une action déterminante sur la scène internationale.

Florence Cassez, otage à son corps défendant d’une rivalité politique? Ce n’est évidemment pas la leçon qu’elle veut retenir. A sa descente d’avion, elle a ménagé la chèvre et le chou en indiquant que Nicolas Sarkozy lui avait «sauvé la vie» avant de remercier François Hollande pour son «soutien déterminant». L’histoire ne dit pas si l’ex-détenue, qui cherche un travail, sera intéressée par une carrière politique…

Pas un mot dans la bouche du président pour remercier son prédécesseur du travail accompli