Durban II s’est ouvert ce lundi à Genève dans un climat d’incertitude et alourdi par la défection ce week-end de plusieurs pays occidentaux et les craintes de dérapages liés à la venue du président iranien Mahmoud Ahmadinejad.

Le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon s’est dit ce matin «profondément déçu» de l’absence de certains pays à la Conférence sur le racisme. Il a qualifié «l’islamophobie» de forme de racisme, à l’instar de l’antisémitisme.

Rappel de l’ambassadeur israélien en Suisse

Israël a rappelé aujourd’hui pour consultations son ambassadeur à Berne. L’Etat hébreux entend ainsi protester contre la rencontre dimanche entre le conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz et le président iranien Mahmoud Ahmadinejad en marge de la conférence, ont indiqué des sources officielles israéliennes.

Participation de la France

Ayant fait planer le doute jusqu’à la dernière minute, les Etats-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les Pays-Bas ont finalement annoncé qu’ils ne participeraient pas à la conférence, qui doit assurer le suivi de celle, houleuse et très controversée de Durban, en 2001 en Afrique du Sud.

Dimanche soir, l’Allemagne est venue s’ajouter à la liste des pays qui seront absents. Le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a toutefois promis que l’Allemagne serait une «observatrice très attentive du déroulement de la Conférence», et n’a pas exclu «de reprendre une participation active un peu plus tard». Le ministère polonais des Affaires étrangères a pour sa part jugé que «nous avons des raisons de craindre que la Conférence soit exploitée, une nouvelle fois, comme c’était le cas en 2001 à Durban, comme un forum de déclarations irrecevables, contraires à l’esprit de respect d’autres races et religions».

Dimanche, la France et la Grande-Bretagne ont en revanche confirmé leur présence. Ce lundi matin, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a précisé que la France sera représentée par un ambassadeur. Mais elle quittera la salle, comme les autres Européens présents, si le président iranien Mahmoud Ahmadinejad profère des «accusations antisémites».

Israël et le Canada ont fait savoir de longue date qu’ils ne seraient pas présents et l’Italie leur avait emboîté le pas début mars. Les Pays-Bas et l’Australie redoutent ouvertement que la réunion ne soit l’occasion d’attaques antisémites du type de celles qui avaient gravement entaché la réunion de 2001, entraînant le départ fracassant des Etats-Unis et d’Israël.

Un discours attendu cet après-midi

Le président iranien, connu pour ses diatribes antisémites, doit prononcer un discours ce lundi après-midi au siège des Nations unies à Genève, lieu de la conférence. Comme pour alimenter ces craintes, celui-ci a déclaré dimanche que «l’idéologie et le régime sioniste (étaient) les porte-drapeaux du racisme».

Outre les craintes liées à Mahmoud Ahmadinejad, la plupart des pays occidentaux butent sur le projet de déclaration finale – élaboré par les diplomates, qui semblaient avoir obtenu un consensus – s’inquiétant d’atteintes à la liberté d’expression.

Le document, entériné vendredi par le comité préparatoire de la conférence, ne fait pourtant plus mention d’Israël ni de la diffamation des religions, deux «lignes rouges» pour les Occidentaux, tandis que le paragraphe sur la mémoire de l’Holocauste était maintenu contre l’avis de l’Iran.

Durban II: qui participe?

La Conférence dite «d’examen de Durban», ou Durban II, doit rassembler les représentants de 103 pays. Une demi-douzaine d’ONG devraient y participer à plein titre, tandis que quelque 2500 représentants d’ONG sont attendus.

Qui boycotte?

Israël, les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Italie, la Nouvelle-Zélande et la Pologne ne participent pas.

La société civile

Ce week-end, le Forum de la société civile, qui s’est tenu à Genève, a rassemblé 300 délégués d’ONG, bien moins que les 5000 qu’avait attirés la même réunion à Durban en 2001. Les organisateurs se sont toutefois réjouis du fait que les débats ont été calmes, ne donnant pas lieu aux débordements racistes ou antisémites redoutés par certaines grandes ONG. Ces organisations appellent déjà à un nouveau rassemblement en 2011, pour les dix ans du sommet initial.

Les précédentes conférences

L’ONU a organisé de tels sommets sur le racisme à Genève en 1978 et 1983, puis a Durban en septembre 2001. Durban I avait réuni les représentants de 170 pays – au final, moins deux, puisque Etats-Unis et Israël avaient claqué la porte.

Dans leur déclaration, les Etats signataires affirmaient notamment que «nous reconnaissons et affirmons qu’à l’aube du troisième millénaire la communauté internationale doit assigner un rang de priorité élevé à la lutte mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée, ainsi que contre toutes les formes et manifestations odieuses et changeantes qu’ils revêtent…» Les Etats «reconnaissent» les «tragédies» suscitées par l’esclavage ainsi que les «souffrances» occasionnées par le colonialisme. Le point No 58 stipulait en outre: «Nous rappelons que l’Holocauste ne doit jamais être oublié». Le texte comprenait un plan d’action de 219 mesures au niveau multilatéral, national et local.