Dès le petit matin la grande place a résonné de «Le peuple veut faire tomber le régime», le leitmotiv de la contestation.

Autre slogan: «Alaa (fils aîné du président), dis à papa qu’un quart de siècle, ça suffit!». Beaucoup de manifestants portent des photos de «martyrs» tombés lors des violences qui ont fait environ 300 morts selon un bilan de l’ONU et Human Rights Watch depuis le début du mouvement.

Défiant le pouvoir qui a durci mercredi le ton à leur égard, les manifestants ont installé de nouvelles tentes sur la place.

La menace de l’armée

Le ministre des Affaires étrangères Ahmed Aboul Gheit a brandi mercredi la menace de l’armée, affirmant que l’institution militaire, considérée comme neutre, interviendrait «en cas de chaos pour reprendre les choses en main».

Le quotidien britannique The Guardian a toutefois fait état de témoignages accusant l’armée d’avoir détenu au secret des centaines de manifestants et d’en avoir torturé certains.

Des protestataires ont passé la nuit sur les deux bords de la chaussée menant au Parlement, et jeudi matin, les deux entrées de cette route étaient bloquées. «Non à (Omar) Souleimane!», le vice-président (ex-chef des services secrets), «Non aux agents américains», «Non aux espions israéliens», «A bas Moubarak», scandaient-ils.

Parlement et gouvernement encerclés

Des centaines de manifestants avaient encerclé mercredi le Parlement et le siège du gouvernement, situés face à face dans le centre du Caire. «Si nous ne mourons pas ici, nous mourrons en prison. Je préfère mourir ici», affirme à l’AFP Attiya Abou El-Ela, un diplômé de 24 ans au chômage.

Maintenant la pression, la Maison Blanche a estimé que la poursuite de la mobilisation populaire montrait que les réformes politiques n’étaient toujours pas suffisantes, alors que le département d’Etat a encouragé l’armée égyptienne à continuer à faire preuve de modération.

M. Aboul Gheit, dont le pays est l’un des principaux alliés de Washington dans la région, a accusé les Etats-Unis de chercher à «imposer» leur volonté à l’Egypte en exigeant des réformes immédiates, dans un entretien à la chaîne américaine PBS.

Le calme semblait être revenu jeudi à El Kharga, une ville à 400 km au sud du Caire, où cinq personnes, blessées la veille dans des heurts entre manifestants et policiers qui ont fait usage de balles réelles, sont décédées, selon des sources médicales. Il y a aussi eu une centaine de blessés.

Mardi, le vice-président Souleimane avait estimé qu’une fin immédiate du régime «signifierait le chaos», des propos aussitôt dénoncés par les Frères musulmans qui ont assuré que les manifestations «continueront quelles que soient les menaces».

Violences encore à Port-Saïd

Des manifestants hostiles au président égyptien Hosni Moubarak ont saccagé ce jeudi le siège de la police à Port-Saïd (nord-est), après en avoir fait de même la veille avec le gouvernorat, ont indiqué des témoins à l’AFP.

Environ 3.000 personnes venues du bidonville de Zizara ont envahi le bâtiment avant de mettre le feu à des véhicules de police et à des voitures personnelles de policiers. Les manifestants, qui vivent pour la plupart dans des cabanes en bois, réclament depuis 15 ans un logement décent.

Ils se sont ensuite dirigés vers le siège du gouvernorat, qu’ils avaient saccagé la veille, et ont fini de le piller, selon les témoins. Mercredi, ils avaient aussi brûlé la voiture du gouverneur.

Les forces de sécurité ont largement disparu de la zone en raison du mouvement de contestation sans précédent contre le président Moubarak, qui secoue l’ensemble du pays.