«Il voulait tuer tout le monde.» Reza Shemirani n’a rien oublié de ce 30 juillet 1988 lorsque les gardiens de la prison d’Evin le conduisent devant ses quatre juges, surnommés «la commission de la mort». La veille, son compagnon de cellule a été condamné à la peine capitale. Dès le début de l’audience, l’accusé remarque un homme assis à la gauche du mollah principal. Il a 27 ans – un an de moins que lui – et se nomme Ebrahim Raïssi. L’interrogatoire débute. «Il était très agressif et très insultant, se souvient l’ancien détenu, j’essayais d’éviter son regard et de me concentrer sur le juge principal.»

Lorsqu’il fait la connaissance d’Ebrahim Raïssi, l’ancien étudiant en médecine est détenu depuis sept ans. Son tort: être un sympathisant de l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien (OMPI), un mouvement pourfendu par les autorités depuis la révolution islamique de 1979. Dès 1987, Reza Shemirani est placé dans une cellule individuelle. «J’étais interrogé et torturé chaque jour de 5h du matin à 20h, je devais avouer de supposées activités politiques au sein de la prison.» Une tentative de suicide le conduit à l’hôpital avant son retour dans une cellule de trois personnes. Mais le pire reste à venir.