Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Le secrétaire d’Etat américain John Kerry (droite) et le ministre des affaires étrangères Sergey Lavrov (gauche), à Munich le 11 février 2016.
© MICHAEL DALDER

Analyse

Echec et mat pour les Etats-Unis en Syrie

Depuis que la Russie a utilisé les négociations de Genève comme un écran de fumée pour camoufler ses volontés réelles, tout a changé en Syrie. Ou presque

«Nous ne sommes pas aveugles. Nous voyons bien ce qui est en train de se passer.» Avant de partir pour Munich, le secrétaire d’État américain John Kerry a, semble-t-il, finalement décidé d’ouvrir les yeux. C’est bien trop tard. Sur l’échiquier syrien placé devant lui, tous les coups mènent aujourd’hui au même dénouement: c’est un échec et mat sans appel pour les Etats-Unis. Peut-être y aura-t-il d’autres parties. Mais celle-ci est bel et bien terminée.

Théoriquement, le jeu aurait dû se dérouler d’une tout autre manière. Plutôt que de disserter sur sa cécité, John Kerry aurait dû se rendre à Munich tandis que les négociations de Genève sur la Syrie battaient encore leur plein. Il se serait alors agi, lors de cette réunion du Groupe de soutien international à la Syrie – l’ISSG, qui comprend 17 membres, dont les principaux acteurs liés au conflit syrien – de donner un dernier coup de pouce aux interlocuteurs de Genève, afin qu’ils finissent de s’entendre sur une pacification progressive de la Syrie.

En réalité, les négociations de Genève étaient mort-nées, et elles ont été «suspendues» le 3 février par le représentant de l’ONU Staffan de Mistura avant qu’elles ne capotent pour de bon. En se rendant tout de même à Munich ce mercredi, John Kerry n’a pu que constater à quel point Moscou est devenu entre-temps le seul maître du jeu, tant du point de vue militaire que diplomatique. La Russie vient en effet de soumettre sa propre feuille de route à l’ISSG. Elle propose aujourd’hui ce qu’elle a systématiquement refusé jusqu’ici: l’établissement d’un cessez-le-feu. Mais il ne prendrait effet que le 1er mars prochain, laissant d’ici-là libre cours à l’offensive qu’elle mène sur le terrain, aux côtés de diverses forces pro-iraniennes.

Lire également : Dans Madaya assiégée, «les habitants recommencent à manger de l’herbe»

Trois semaines pour finir de suffoquer la ville d’Alep et pour tenter de s’en emparer? «C’est un peu ambitieux, note une source diplomatique occidentale proche du dossier. Mais au rythme où vont les choses, il ne faut pas se leurrer: trois semaines, c’est une éternité.»

Depuis que la Russie a utilisé les négociations de Genève comme un écran de fumée pour camoufler ses volontés réelles, tout a changé en Syrie, ou presque. Les tapis de bombes russes ont été savamment coordonnés avec une avancée des combattants du Hezbollah libanais ainsi que des miliciens chiites irakiens et afghans recrutés par l’Iran – l’armée syrienne elle-même, particulièrement mal en point, semble en réalité n’avoir pris qu’une part minime aux combats. Résultat de cette progression fulgurante: une rébellion en déroute, des forces pro-régime syrien pratiquement à la frontière turque, des centaines de morts et des dizaines de milliers de civils fuyant les combats à destination de la Turquie.

En jouant un double jeu de manière si cynique, la Russie a surtout réussi à réduire drastiquement les options disponibles pour ses rivaux. La Turquie? Elle voit impuissante se produire ce chamboulement à sa frontière, d’autant plus inquiétant pour elle qu’il profite pleinement aux kurdes syriens. Hier encore, des vidéos montraient des combattantes kurdes, montées sur un vieux char d’assaut soviétique, lancer une offensive victorieuse contre une ancienne base aérienne de l’armée, aux mains des groupes salafistes à Menagh, dans le nord de la Syrie…

Bien moins encore que la Turquie, les Etats-Unis n’ont aucune envie d’entrer en guerre directement contre la Russie. «Les Russes et nous, nous voyons fondamentalement la Syrie de la même manière. Nous voulons le même dénouement», disait il y a à peine deux mois un John Kerry encore aveugle. Résistant aux souhaits d’une partie de sa propre administration, le président Barack Obama a toujours écarté l’idée d’une aide militaire massive à l’opposition au motif que les armes pourraient terminer aux mains des groupes salafistes. Aujourd’hui, alors que la débandade profite encore aux groupes les plus extrémistes (c’est l’une des lois de la guerre…), un retournement de l’administration Obama est peu vraisemblable. Surtout en un temps record de trois semaines.

«L’option d’un accord à Munich reste encore ouverte, veut pourtant croire le même diplomate occidental. Il ne faut attendre aucun accord politique. Mais obtenir une éventuelle ouverture de corridors humanitaires serait déjà un succès, étant donné la situation actuelle.»

A Paris, un Laurent Fabius sur le départ s’en prenait avec une véhémence inédite à «l’ambiguïté» des Américains. C’est oublier que, il y a peu encore, le gouvernement de François Hollande insistait lui aussi sur une similarité de vues entre la France et la Russie, au moins en matière de lutte contre le terrorisme djihadiste.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a