Après bien des critiques, l'entraîneur allemand Jürgens Klinsmann estime que, à quatre jours du coup d'envoi de la Coupe du monde de football, son équipe est prête et «n'a peur d'aucun adversaire». La chancelière Angela Merkel aimerait bien pouvoir en dire autant. Six mois après sa mise en place, de sérieux tiraillements ont commencé à apparaître en public, au cours du week-end, au sein de la grande coalition qu'elle dirige et le climat s'est dégradé. Le vice-chancelier Franz Müntefering (SPD) a même créé un petit coup d'éclat à la veille du pont de la Pentecôte, en convoquant de manière inopinée une conférence de presse pour se plaindre des blocages de ses alliés de la CDU.

L'esprit d'équipe est à la peine, estime la Frankfurter Allgemeine Zeitung, selon laquelle c'est «la fin d'une illusion». Celle selon laquelle «la grande coalition prétendait être en mesure d'empoigner les grands thèmes» comme le chômage ou la réforme de la fiscalité «sans se préoccuper de la résistance de l'opposition». Or c'est à l'intérieur même de la CDU que la contestation est apparue et a envenimé les relations entre coalisés. Les ministres-présidents d'influentes régions dirigées par les chrétiens-démocrates, comme le Bade-Wurtemberg, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, la Hesse, Hambourg ou la Sarre, ont en effet annoncé leur intention de bloquer au Bundesrat, la Chambre des Länder, la réforme de la loi sur le chômage de longue durée, Hartz IV, estimant qu'elle ne va pas assez loin.

La semaine dernière, le Bundestag, la Chambre basse, avait adopté plusieurs mesures restrictives et incitatives pour dissuader les chômeurs de longue durée de s'installer dans leur situation. Renforcement des contrôles, réduction puis suppression des aides après trois refus d'accepter une embauche, obligation de prouver que l'on ne peut pas compter sur le soutien de son colocataire: ces mesures, très critiquées par l'opposition de gauche, doivent permettre jusqu'à 1,5 milliard d'euros d'économies l'an prochain.

Mais pour une partie de la CDU, qui souhaite une refonte complète de la loi Hartz IV et des économies supplémentaires, c'est encore insuffisant. Alors qu'Angela Merkel, qui doit faire face aux récriminations des lobbies de retraités, de handicapés, aux familles et aux syndicats, promet de réaménager complètement la loi Hartz IV l'an prochain, les barons de la démocratie chrétienne tentent de faire pression pour reprendre une partie de leur pouvoir.

D'où le tir d'avertissement de Franz Müntefering, vendredi matin, dénonçant l'indiscipline face aux décisions prises en commun. Selon lui, le climat au sein de la coalition a désormais atteint «un point au-delà duquel les échanges ne pourront que s'envenimer».

Manque de soutien

Le «coup de gueule» de Franz Müntefering ne fait que relayer le mécontentement qui sourd au sein du SPD. «La CDU n'est pas encore entrée au gouvernement», se plaint ainsi Peter Struck, président du groupe parlementaire socialiste, devant le manque de soutien des chrétiens-démocrates face aux réformes les plus difficiles (fiscalité, chômage, assurance maladie) menées par des ministres de gauche.

De son côté, la CDU doit faire face aux récriminations de son aile libérale, le cercle «économie», qui bout d'impatience devant «l'absence de visibilité de la politique économique» du parti d'Angela Merkel. Celle-ci a d'ailleurs dû intervenir pour en appeler à la cohésion de ses propres députés en les priant d'assumer aussi les décisions difficiles du gouvernement. Au sein du groupe parlementaire «des voix critiques se font entendre et divisent nos partisans», a admis le ministre (CDU) de l'Intérieur Wolfgang Schäuble.