A deux mois et demi des élections locales en Ecosse, les indépendantistes, grands favoris, sont secoués par une vive querelle. Celle-ci pourrait affaiblir leur combat pour un nouveau référendum.

L’ancien premier ministre écossais et chef du parti indépendantiste SNP, Alex Salmond, accuse sa successeure, Nicola Sturgeon, d’avoir délibérément trompé le parlement afin de le faire «emprisonner» pour des accusations d’agressions sexuelles, rejetées l’année dernière par la justice écossaise.

La scission entre les deux figures indépendantistes a débuté lorsque deux fonctionnaires ont accusé en 2018 Alex Salmond d’agressions sexuelles. Ces allégations arrivaient peu de temps après que la première ministre avait demandé au gouvernement, dans la lignée du mouvement #MeToo, de modifier sa façon de traiter les accusations de harcèlement sexuel: une manœuvre qui était, selon Alex Salmond, destinée à le piéger.

Des «inventions délibérées»

Le responsable de l’enquête diligentée par le gouvernement ayant eu des contacts antérieurs avec les victimes présumées, un tribunal avait conclu que celle-ci était «illégale» et «entachée de partialité apparente».

Après l’échec de cette enquête interne, Alex Salmond avait été arrêté en janvier 2019 pour une tentative de viol et plusieurs faits d’agressions sexuelles supposément commises sur neuf femmes lorsqu’il était premier ministre.

Innocenté lors d’un procès en mars 2020, l’ex-dirigeant écossais avait alors affirmé que ces allégations étaient «des inventions délibérées à des fins politiques», ajoutant mystérieusement que «certaines informations» seraient «révélées au grand jour».

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Le parlement écossais mène actuellement deux enquêtes: l’une sur la façon dont le gouvernement avait initialement traité les plaintes et l’autre visant à déterminer si Nicola Sturgeon avait interféré dans l’enquête ou menti au parlement.

Cette semaine, Alex Salmond a affirmé qu’il y avait eu «un effort délibéré, prolongé, malveillant et concerté entre une série d’individus au sein du gouvernement écossais et du SNP pour nuire à [sa] réputation, allant même jusqu’à [le] faire emprisonner».

SMS du mari de Sturgeon

L’enquête examine notamment un SMS de Peter Murrell, mari de Nicola Sturgeon et cadre du SNP, dans lequel il semblait vouloir faire pression sur la police pour qu’elle prenne des mesures contre Alex Salmond, après que les poursuites internes se sont effondrées.

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Le parquet écossais a depuis forcé le parlement à retirer de son site certaines accusations formulées par écrit par Alex Salmond, notamment les paragraphes où il affirmait que Nicola Sturgeon avait violé le code ministériel en faisant une «fausse» déclaration devant les élus.

La comparution de l’ex-dirigeant, initialement prévue mercredi, a été annulée, le temps qu’il contacte un avocat. Ces accusations ont conduit jeudi à une séance enflammée au parlement écossais. Nicola Sturgeon a accusé Ruth Davidson, ex-dirigeante du parti conservateur écossais, de répandre des «théories du complot dangereuses et quelque peu fantaisistes» après que cette dernière a remis en question les agissements du parquet écossais.

Référendum

La menace la plus concrète pour la première ministre écossaise est l’accusation d’avoir induit le parlement en erreur à propos d’une réunion, lors de laquelle elle aurait été informée pour la première fois des accusations à l’encontre de son prédécesseur. Nicola Sturgeon avait d’abord déclaré au parlement qu’elle n’avait appris les allégations visant Alex Salmond que quelques jours plus tard, avant d’affirmer avoir «oublié» cette réunion.

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S’il est avéré qu’elle a enfreint le code parlementaire, elle sera soumise à d’énormes pressions pour démissionner. Cette querelle intervient alors que Nicola Sturgeon fait pression auprès du gouvernement central britannique pour obtenir un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, après l’échec de celui organisé en 2014.

La dirigeante indépendantiste espère qu’une victoire éclatante du SNP aux élections locales de mai lui conférera la légitimité nécessaire pour faire plier le gouvernement de Boris Johnson, qui se refuse pour l’instant à organiser un tel scrutin.

Mais ces querelles internes pourraient entacher et mettre à mal ce projet, bien que le soutien à l’indépendance de la province britannique atteigne des records sur fond de Brexit (rejeté à 62% par les Ecossais) et de critiques visant la gestion de la pandémie de Covid-19 par Londres.